Ric rac. Les députés ont adopté mardi soir à 13 voix près le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). C’est, sans conteste, un succès pour le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Il a eu chaud. Peut-être a-t-il regretté plus d’une fois en son for intérieur d’avoir annoncé qu’il n’utiliserait pas le 49.3, mais il s’y est tenu. Il a joué jusqu’au bout le jeu du compromis. Sa méthode a plus d’une fois failli l’envoyer dans le décor, mais elle aura finalement eu raison des postures intransigeantes de ceux qui ne disposaient en réalité, compte tenu de leur force arithmétique, que de sabres en papier.
Le second grand gagnant de ce vote inédit s’appelle Olivier Faure. Le premier secrétaire du PS avait lui aussi fait un pari risqué : celui, là encore, du compromis. Son principal trophée ? La suspension de la réforme des retraites, soutenue depuis le début par la première organisation syndicale du pays, la CFDT. Mais au-delà de ce que les socialistes ont pu obtenir dans le bras de fer parlementaire sur le financement de la Sécu, le vrai pari politique d’Olivier Faure et de ses amis aura été de tenir compte de l’état d’esprit des Français. Ils avaient à la rentrée assez clairement signifié n’en plus pouvoir du bazar permanent, de la valse des Premiers ministres, du spectacle politique désolant auquel ils assistaient depuis des mois, convaincus qu’ils n’avaient rien à y gagner.
Il est évidemment trop tôt pour dire que cet aspect-là du pari est gagné. Seuls les résultats électoraux le diront. LFI, en cohérence avec sa ligne radicale, fait le pari exactement inverse. Mais il s’est clairement passé quelque chose d’important à gauche dans la séquence, y compris d’ailleurs du côté des écolos qui en s’abstenant sur le PLFSS ont aussi joué une partition responsable. Ce match-là est loin d’être terminé. Et les socialistes auraient tort de trop bomber le torse. Convaincre les Français de leur utilité sera un jeu de longue haleine. Cela commencera d’ailleurs par la discussion sur le projet de loi de finances. Une occasion de creuser ce sillon du compromis, même si l’issue s’annonce d’ores et déjà plus délicate.




