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L'édito de Dov Alfon

Bulle spéculative de l’IA : ne pas attendre la fin de l’euphorie

S’il est impossible de deviner quand et comment la bulle éclatera, il est grand temps pour les banques centrales de fixer des lignes rouges à ce jeu de poker menteur de plusieurs trillions de dollars.

Ala clôture de Wall Street ce vendredi 7 novembre, les cinq leaders de l’IA avaient perdu ensemble 1 000 milliards de dollars de valorisation boursière en une semaine. (Jason Alden/Bloomberg. Getty Images)
Publié le 07/11/2025 à 20h15

Si vous avez dernièrement investi dans le secteur de l’intelligence artificielle, surtout ne vendez pas vos actions ; laissez-moi d’abord vendre les miennes. Tel est peu ou prou le message de Wall Street, tant la fameuse volatilité imprévisible des marchés commence à inquiéter même les investisseurs les plus aguerris.

Qu’on en juge : la semaine dernière encore, le concepteur de cartes graphiques Nvidia valait sur papier plus de 5 000 milliards de dollars (4 355 milliards d’euros), donc plus que le PIB de l’Allemagne (4 660 milliards) et de celui de la France (3 160 milliards) ; et d’après les analyses de Morgan Stanley, les valorisation de la tech sont gonflées par des montages financiers en boucle où les fournisseurs deviennent clients, investisseurs ou partenaires, un écosystème de flux circulaires ressemblant fortement à celui qui annoncerait le krach.

Résultat : à la clôture de Wall Street ce vendredi 7 novembre, les cinq leaders de l’IA avaient perdu ensemble 1 000 milliards de dollars de valorisation boursière en une semaine, et l’un de leurs dirigeants, Jeff Bezos, patron d’Amazon, parlait ouvertement d’une «bulle spéculative» qui allait sans doute devoir éclater.

La France est concernée à un double niveau : celui de ses propres start-up technologiques, ô combien plus modestes ; et celui de ses poids lourds industriels qui fournissent différents éléments des infrastructures de l’IA.

Il est ainsi stupéfiant de constater que la vénérable firme Legrand, fondée en 1865 pour la production de porcelaine et recyclée depuis plus d’un siècle dans les isolations électriques, a vu ses actions bondir en un an (+ 57 %) à un rythme plus démentiel que Nvidia même (+ 51 %). D’autres fournisseurs de l’IA sont Français (Schneider) ou tout au moins Européens (Siemens), pointe l’agence Bloomberg, compliquant encore la visibilité d’une implosion trop rapide de la bulle IA.

S’il est impossible de deviner quand et comment la bulle éclatera, on peut déjà craindre que les banques centrales vont devoir intervenir si le plongeon boursier est trop abrupt ; il est donc grand temps qu’elles énoncent clairement leur ligne rouge avant que ce jeu de poker menteur à trillions de dollars ne devienne trop réaliste.

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