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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Cocaïne : la France en première ligne

Les campagnes et les villes, en milieu festif ou au travail... Le fléau de la coke se banalise partout dans le pays, facilitée par un accès aisé et des prix en baisse.

Un consommateur apporte de la cocaïne dans un labo pour la faire analyser, à Paris le 23 janvier 2025. (Sébastien Dupuy/AFP)
Publié le 13/01/2026 à 19h56

Le narcotrafic est devenu un des pires fléaux du monde actuel. Il ne se passe pas de jours sans qu’il entraîne des règlements de comptes meurtriers et même des conflits armés : en Colombie, au Mexique ou au Venezuela, l’actualité récente l’a montré, mais aussi dans différents coins de France. Et notamment à Marseille où les trafiquants locaux n’hésitent plus à tuer en pleine rue quiconque s’oppose à eux ou représente un moyen de pression pour atteindre une autre cible, à l’exemple du meurtre de Mehdi Kessaci en novembre.

C’est là la principale évolution de ces dernières années : le trafic de drogue n’est plus le fait de pays lointains, il n’est plus réservé aux romans noirs de l’américain Don Winslow ou de l’espagnol Arturo Pérez-Reverte, il est véritablement entré dans notre vie quotidienne, entretenant et alimentant de très nombreux réseaux criminels. La cocaïne est ainsi devenue le plus important marché de la drogue en France avec plus de 3 milliards d’euros de chiffres d’affaires et un nombre de consommateurs qui a doublé en dix ans. Au point que son trafic représente désormais «une menace existentielle pour notre pays», alertait en juin l’Office antistupéfiants.

C’est que toutes les classes d’âges, tous les milieux sociaux et tous les territoires sont concernés, jusqu’aux plus ruraux. Dans un monde de plus en plus angoissant, où la performance, la rapidité, la productivité est devenue la norme, beaucoup croient pouvoir s’aider de cette béquille blanche sans réaliser son potentiel de destruction et de mort. Que faire ? Agir à tous les niveaux, policier bien sûr mais aussi politique et surtout éducatif. Il faut montrer les ravages de cette drogue avant que celle-ci ne nous ravage.

En novembre, nous avions réuni à Paris le militant Amine Kessaci et l’auteur italien Roberto Saviano, qui vit sous protection policière depuis vingt ans après que la mafia a mis sa tête à prix pour avoir dénoncé ses trafics. Alors que Kessaci évoquait la «narcocratie» qui lui avait pris ce qu’il avait de plus cher, Saviano a voulu préciser le concept : «C’est une démocratie qui a en son sein le pouvoir économique du narcotrafic. La France, c’est ça.» Nous avons tous le pouvoir, à un niveau ou à un autre, de lutter contre ce fléau.

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