La ville ukrainienne de Marioupol va tomber aux mains des Russes. C’est une question de jours, voire d’heures. Eminemment stratégique pour Moscou car son port lui permettra de déverrouiller l’accès à la mer d’Azov et d’organiser une sorte de continuité territoriale avec la Crimée, sa chute devrait logiquement être une victoire pour la Russie. Et pourtant ce ne sera pas le cas. Marioupol aura tenu de très longues semaines face à ce que l’on croyait être une des plus puissantes armées du monde. Sa capacité de résistance aura souligné la faiblesse militaire russe et l’aura consacrée symbole héroïque de cette guerre absurde. Plus elle résistait, malgré la violence des bombardements qui l’ont peu à peu réduite à l’état de ruines, plus elle suscitait l’émotion des Occidentaux, les poussant à durcir leurs sanctions et à intensifier leurs livraisons d’armes. Vladimir Poutine pensait annihiler la résistance ukrainienne d’un claquement de doigts sous l’œil impuissant, voire indifférent des Européens, c’est tout le contraire qui s’est produit. Au point qu’il n’est plus illusoire, espérons-le, de voir tôt ou tard ces derniers décréter un embargo sur le pétrole et le gaz russes, seule initiative susceptible d’affaiblir véritablement le Kremlin. Au point que les Américains ont accédé aux demandes de Kyiv et renforcé les capacités de sa flotte aérienne, idée inacceptable au début de la guerre. Au point que Finlandais et Suédois examinent désormais avec intérêt une possible entrée dans l’Otan. Au point que le président ukrainien s’invite dans toutes les capitales occidentales alors que son homologue russe est vu comme un paria. Volodymyr Zelensky, qui aura beaucoup fait pour maintenir le moral des troupes ukrainiennes, s’est même payé le luxe de s’inviter dans la campagne électorale française laissant transparaître, dans une interview à BFM, sa nette préférence pour Emmanuel Macron avec qui il espère «maintenir le lien». Ce lien, que Poutine sera parvenu à resserrer entre l’Ukraine et l’Occident.
Edito
Derrière la chute de Marioupol, une défaite russe
Si les Russes sont proches de faire tomber la ville martyre ukrainienne après des semaines de lutte, le calvaire qu’ils ont infligé aux habitants aura fini de convaincre les Occidentaux d’alourdir les sanctions à l’encontre du Kremlin.
Evacuation de civils à Marioupol, ce mercredi. (alexander ermochenko/REUTERS)
Publié le 20/04/2022 à 22h57
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