En ces périodes de sinistrose absolue, essayons de voir le verre à moitié plein : l’Europe vient de se réveiller, la brutalité de Donald Trump l’a sortie de sa crise de croissance, elle a compris qu’elle devait s’émanciper du parrain américain et prendre son indépendance. C’est un fait désormais entendu par la plupart des Etats qui la composent, y compris par la très atlantiste Allemagne, y compris par un Royaume-Uni sorti du giron de l’UE et malgré tout plus européen que jamais. Objectivement, c’est une bonne nouvelle. L’Union européenne est la deuxième ou troisième puissance économique du monde après les Etats-Unis et au coude-à-coude avec la Chine, une puissance monétaire avec l’euro, et même la première puissance commerciale de la planète. Il serait temps qu’elle le réalise. Ses récents accords de libre-échange avec l’Amérique latine (le Mercosur) puis avec l’Inde, lui ouvrent de très gros marchés, aptes à compenser, au moins en partie, la potentielle perte du marché américain.
Si l’on regarde le verre à moitié vide, en revanche, la situation actuelle est préoccupante : l’Europe n’est pas prête à s’autogérer, elle reste dépendante des Etats-Unis dans de très nombreux domaines et non des moindres, le numérique plus particulièrement, même si des alternatives apparaissent, mais aussi la défense, les matières premières critiques ou les systèmes de paiement. Elle peut se défaire de ce fil à la patte mais il lui faudra au moins trois à quatre ans pour y parvenir. Et ce, si la situation politique n’empire pas, c’est-à-dire si l’extrême droite ne rafle pas le pouvoir en France, en Allemagne ou dans d’autres pays clés de l’Union.
Il n’y a donc plus de temps à perdre. Et même si Trump ne devait être qu’un accident de l’histoire, il aura montré que le pire peut toujours revenir et qu’il faut y être préparé. L’heure n’est plus aux querelles politiciennes, aux batailles d’ego, aux compromissions, aux égoïsmes. On entre dans une nouvelle ère et l’on ne peut se permettre de rater cette marche. Il y va de notre indépendance. Et peut-être de notre liberté.




