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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Face aux dangers de TikTok, les premiers pas d’un nécessaire combat

Tandis que des textes visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans vont être discutés à l’Assemblée nationale, «Libération» donne la parole à des mères ayant attaqué la plateforme chinoise en justice pour avoir poussé leurs enfants à se détruire.

TikTok est arrivé dans la famille de Stéphanie M. avec le Covid. (Lucile Boiron/Modds pour Libération)
Publié le 16/01/2026 à 19h18

Préserver les enfants et adolescents des effets pervers des réseaux sociaux, et notamment du chinois TikTok, est quasiment une question de survie. Survie d’une génération qui, confinement aidant, s’est laissée happer par les écrans sans comprendre qu’elle y jouait sa santé mentale, voire son existence. Pour le comprendre, il suffit de lire les témoignages de mères que nous avons recueillis. Des mères dont les enfants se sont suicidés ou se sont laissé dépérir après que l’algorithme de TikTok les a bombardés de vidéos sombres voire morbides.

Attention, ces témoignages sont terribles, ils toucheront au cœur toutes les mères et tous les pères. Mais ils sont extraordinairement éclairants, et indispensables. On comprend, à leur lecture, qu’aucun jeune n’est préservé. Les cinq évoqués étaient tous décrits comme «sans problème», «raisonnables», entourés voire choyés. Ils n’étaient pas livrés à eux-mêmes ni fragilisés dans leur foyer. Pourtant trois d’entre eux se sont tués, par pendaison ou en sautant d’un pont, et deux autres ont sombré dans la dépression ou l’anorexie. Chaque fois les parents ont découvert dans le téléphone de leur enfant des vidéos pouvant être considérées comme des incitations au suicide. «L’algorithme l’a tirée vers le fond», explique ainsi une mère. «C’est comme un profileur qui capte et maximise le temps d’écran par n’importe quel moyen», avance une autre.

Les cinq mères de famille ont engagé des procédures judiciaires contre TikTok, et elles sont loin d’être les seules. La plateforme chinoise est l’objet, aux Etats-Unis, de très nombreux procès pour provocation au suicide et non-assistance à personne en péril. Les textes de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans en France sont donc le minimum syndical. Et la proposition qui sera débattue en ce sens le 26 janvier à l’Assemblée permettra de sensibiliser même les plus imperméables au sujet. Mais ce doit être le début et non la conclusion d’un combat qui concerne aussi les adultes et la société tout entière.

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