Le docteur Folamour passerait presque, à ses côtés, pour un enfant de chœur. Le personnage fictif de Stanley Kubrick a une dose de folie. Pete Hegseth, lui, est d’une rationalité bête et froide. Le ministre de la Guerre de Donald Trump – rebaptisé ministre des crimes de guerre par les démocrates – considère les règles de droit comme une privation de liberté et ne comprend pas pourquoi on empêcherait des militaires de tuer quiconque oserait s’opposer à eux. Pour lui, un bon militaire est un militaire qui tue, et le droit ne sert qu’à embêter les braves gens.
Il y a de quoi en avoir des sueurs froides : cet ancien présentateur de Fox News dirige l’armée la plus puissante au monde, sous la présidence d’un homme encore plus incontrôlable que lui. Le seul avantage de la bêtise et de l’incompétence, c’est qu’elles peuvent conduire à aller trop loin. Et Hegseth ne cesse d’accumuler bourdes et scandales. Planification de bombardements au Yémen partagée sur la messagerie Signal (au risque de mettre en danger les militaires américains, accuse le Congrès) ; frappes sur des petits bateaux censés transporter de la drogue dans les Caraïbes et pulvérisation en connaissance de cause de deux survivants sans défense ; attaque jeudi 4 décembre dans les eaux internationales du Pacifique d’une autre embarcation accusée de transporter de la drogue, au prix de plusieurs morts… Le bilan meurtrier et hors des clous légaux de Hegseth commence à chiffonner jusqu’aux républicains.
En réalité, Trump et Hegseth sont en train de reproduire dans les Caraïbes et le Pacifique à l’encontre des trafiquants de drogue la même politique basée sur la plasticité juridique et les mensonges que l’administration Bush avait pratiquée après le 11 Septembre contre les terroristes islamistes, avec le succès que l’on sait. Jusqu’où iront-ils ? Ces deux hommes sont d’anciens bateleurs de télévision qui n’avaient qu’à appuyer sur un bouton pour provoquer les rires ou éliminer un candidat. Ils n’ont pas encore compris que le jeu s’arrêtait à la porte de la Maison Blanche et du Pentagone.




