Sortir du silence, pour Gisèle Pelicot, n’a rien d’un geste médiatique. C’est sa façon à elle de reprendre le contrôle, depuis le départ.
Dix-huit mois après le procès hors norme des viols de Mazan où 51 hommes ont été condamnés, Gisèle Pelicot s’exprime pour la première fois dans son autobiographie et un grand entretien accordé à Libération. Son enfance, le choc, les violences au tribunal, sa famille. Gisèle Pelicot parle d’absolument tout, pour remettre de l’ordre dans sa propre histoire et rappeler que la vie d’une victime ne se résume pas au crime subi.
Depuis #MeToo, la libération de la parole est centrale. Et la trajectoire de Gisèle Pelicot en est une illustration singulière. Elle commence par un choix historique : refuser le huis clos pour que la société voie ce que recouvre la soumission chimique et se confronte à la banalité du viol. Elle se poursuit par un long silence, puis, à nouveau, la parole.
Cette autobiographie arrive dans un moment paradoxal. A 73 ans, elle se reconstruit à peine. Mais elle s’apprête à replonger dans le tumulte avec la parution de ce livre – coécrit avec la journaliste Judith Perrignon – dans 22 pays qu’elle visitera l’un après l’autre.
On a lu
Sa parole est attendue, scrutée, presque sommée de produire du sens collectif. Pour autant, Gisèle Pelicot refuse d’être un modèle et encore moins une «icône». Elle avance à sa façon, en ne gardant «que le positif». «Je me suis réattribué ma vie», dit-elle, pour refuser que le statut de victime devienne son identité définitive.
Gisèle Pelicot raconte son histoire pour qu’elle serve «aux autres» mais elle est honnête : «On ne peut pas endosser la souffrance de tout le monde quand la sienne pèse si lourd.» Une lucidité qui tranche avec l’injonction à l’héroïsme souvent projetée sur les survivantes.
Elle parle de souvenirs auxquels elle s’accroche, de contradictions, d’amour encore possible, d’une confrontation à venir avec son ex-mari aujourd’hui en prison, énième étape de sa reconstruction.
Sa parole n’est pas un manifeste. Elle est la sienne, joyeuse, humaine. Et c’est ainsi qu’elle devient symbole : celui du droit fondamental à raconter sa propre histoire.




