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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Groenland : dans l’attente d’un sursaut européen

Depuis l’offensive éclair des Etats-Unis sur le Venezuela, le Groenland est la nouvelle cible de Trump. Face à lui, l’Europe doit parler haut et fort.

A Nuuk, la capitale du Groenland, en octobre 2025. (Juliette Pavy)
Publié le 08/01/2026 à 20h57

Quand un Premier ministre appelle ses compatriotes à «ne pas paniquer», c’est que l’heure est grave. Et quand, peu après, une élue réclame qu’«un plan soit transmis à la population au cas où les canaux de communication cesseraient de fonctionner», c’est qu’il n’y a plus un instant à perdre. Bienvenue au Groenland, île arctique jusque-là plus ou moins paisible qui se retrouve du jour au lendemain sous les projecteurs du monde entier et surtout sous l’œil concupiscent de Donald Trump. Depuis le coup de force américain sur le Venezuela, le week-end dernier, ce vaste territoire sous tutelle du Danemark (membre de l’Otan) est la prochaine cible du président des Etats-Unis.

Celui-ci en formule régulièrement le désir depuis 2019, mais maintenant qu’on a vu ses forces spéciales capturer en temps réel Nicolás Maduro dans son bunker et faire main basse sur le Venezuela en quelques heures, certaines de ses lubies ou obsessions font soudain sens. On sait désormais qu’il est capable de passer de la parole aux actes en se moquant royalement des conséquences. Pour le trublion de la Maison Blanche, c’est qui m’aime me suive et qui ne m’aime pas a intérêt à numéroter ses abattis.

Tout cela est d’une telle brutalité que les Européens commencent enfin à comprendre que la stratégie de la brosse à reluire n’est pas forcément la meilleure. Ont-ils une alternative ? Tout est toujours possible, le pire mais aussi le meilleur. L’Europe a certes un besoin désespéré des Etats-Unis pour sauver l’Ukraine des griffes de Vladimir Poutine. Elle reste dépendante des Américains dans des domaines clés (défense, finance, numérique…). Ses dirigeants pèsent peu politiquement. Mais elle reste une puissance commerciale, économique et nucléaire majeure. Il est temps qu’elle en prenne la mesure et la stature. Et qu’elle agisse en conséquence. Les décisions délirantes de Donald Trump pourraient au moins avoir cet effet positif de regrouper les dirigeants européens et de les pousser à parler fort et d’une même voix. Un sursaut politique de la dernière chance.

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