A Moscou, Steve Witkoff, accompagné de Jared Kushner, poursuit son étrange ballet avec Vladimir Poutine. Pendant ce temps, Volodymyr Zelensky, en début de semaine à Paris, continue son offensive diplomatique auprès des Européens pour essayer d’arracher un accord qui ne dépèce pas son pays. Son épouse, Olena Zelenska, que Libération a rencontrée en exclusivité lors de ce déplacement, se bat, elle, pour que son pays ne perde pas son âme dans cette guerre interminable. Garder un semblant de vie normale pour espérer construire un futur : cette perspective d’un «après» est, nous explique la première dame d’Ukraine, un acte de résistance.
Le combat central de la fondation d’Olena Zelenska est celui pour les enfants ukrainiens. Dans cette guerre barbare, les Russes ne s’attaquent pas seulement aux soldats et aux terres. Qu’ils soient restés en Ukraine ou exilés, les enfants ont aussi leur lot de traumatismes, sont mutilés dans leur chair, orphelins, déracinés… Les chiffres des enfants volés ou «russifiés» de force font froid dans le dos (voir l’encadré). Une génération risque d’être sacrifiée par la guerre, et Moscou entend bien façonner la suivante par l’endoctrinement. Les précédents sont l’apanage des pires régimes : enfants juifs gazés par l’Allemagne nazie, enfants de dissidents socialistes volés par les dictatures militaires en Amérique du Sud, enfants soldats au Liberia, RDC, Soudan du Sud et ailleurs… Mais résister, pour la première dame, passe aussi par ce qui constitue l’essence de la vie : les arts, la culture, le spectacle vivant, souvent relégués en temps de guerre au second plan, en attendant des jours meilleurs.
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Olena Zelenska était d’ailleurs à Paris pour promouvoir «la Saison de l’Ukraine en France». A Kyiv, les théâtres et les cinémas, ouverts en dépit des bombardements quotidiens, font le plein. Sans doute parce qu’au cœur de cette nuit sans fin, il faut aux Ukrainiens réaffirmer ce qui fonde un peuple, ce qui le fait vibrer, ce qui définit sa persistance. Sans doute parce que dans cette guerre, le premier combat est tout simplement de pouvoir rester ukrainien.




