L’IA va-t-elle nous remplacer ? La question est sur toutes les lèvres et si on la pose à une intelligence artificielle générative, elle saura être rassurante. Calibrée pour être «non anxiogène» et «utile» (c’est elle qui le dit), elle nous expliquera que, «en général, les personnes aidées par l’IA deviennent plus productives, et celles qui apprennent à l’utiliser deviennent plus difficiles à remplacer». «Que l’IA ne remplace pas les gens, mais certaines compétences.» Et que nous pouvons «apprendre à nous en servir pour augmenter notre propre valeur».
Le son de cloche est tout autre quand on en parle aux salariés de la tech, au cœur de cette révolution technologique. Les suppressions de postes se comptent par milliers dans le secteur le plus directement concerné par ce que beaucoup considèrent comme la quatrième révolution industrielle. Aux Etats-Unis, mais en France aussi. Même si la casse s’y fait plus discrète, maquillée en départs volontaires ou ruptures conventionnelles.
Témoignages
Tout cela, nous nous y attendions. L’économiste Joseph Schumpeter nous a prévenus il y a bien longtemps : la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. Où le nouveau croît à côté de l’ancien jusqu’à lui faire concurrence et le détruire. Ça n’est pas pour rien que le prix Nobel d’économie 2025 s’appelle Philippe Aghion, célèbre pour avoir remis au goût du jour ce concept phare de «destruction créatrice».
Mais ce que nous ne savons pas encore, alors que cette révolution se fait à une vitesse défiant tout entendement, c’est le solde final de cette opération. Y aura-t-il plus d’emplois créés que de postes supprimés ? Déjà, le boom de l’IA crée de nouveaux besoins en profils techniques («data scientists», «machine learning engineer»…) comme business (chefs de projet pour implémentation IA ou vendeurs de solutions IA).
De façon plus inédite, la révolution en cours peut changer la nature du travail des cols blancs qui, sans perdre leur emploi, risquent de se retrouver à superviser le travail de machines, à réaliser des tâches résiduelles moins qualifiées et peut-être, in fine, à travailler pour elles. Aliénant ? C’était déjà le mot choisi par Karl Marx au moment de la première révolution industrielle et on aimerait en tirer les leçons.




