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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Incendie dans un bar à Crans-Montana : le cauchemar

La vie de dizaines de jeunes, qui dansaient cette nuit-là en Suisse pour célébrer l’arrivée de 2026, n’a tenu qu’à une étincelle. Il y a urgence à encadrer pour que ce genre de tragédie ne se reproduise plus.

Des personnes éplorées devant le bar Le Constellation, dans la station de ski de Crans-Montana, en Suisse, le 2 janvier 2026. (Stephanie Lecocq/Reuters)
Publié le 02/01/2026 à 20h59

Inimaginable. Tout est inimaginable dans la tragédie de Crans-Montana. La douleur des familles, d’abord. Lire les témoignages recueillis par notre envoyée spéciale sur place, plus de vingt-quatre heures après l’embrasement du Constellation, vous tord le cœur et le ventre. Vendredi encore, beaucoup ne savaient pas si leur fils, leur fille, leur frère ou leur sœur comptaient parmi les blessés ou les morts. Et cette attente, cette angoisse, ces images entêtantes du feu qui dévore «l’enfant qu’ [on a] mis au monde» pour reprendre les mots d’une mère, est pire que tout. Inimaginable, la pensée que ces jeunes, la plupart mineurs, sont morts alors qu’ils faisaient la fête, célébrant le passage d’une année morose à une année qu’ils espéraient chargée d’espoirs. Inimaginable, l’idée que la pratique des bougies incandescentes ou des feux de Bengale perdure alors qu’elle a déjà causé tant de drames, tant de morts par incendie. Ces bougies ou ces feux sont, dans ces soirées, portés si haut qu’ils finissent par frôler un plafond qui, s’il n’est pas ignifugé, peut s’embraser en un quart de seconde. La vie des jeunes qui dansent tient alors à une étincelle. Inimaginable qu’un bar accepte aujourd’hui encore, après toutes les tragédies similaires vécues à travers le monde, que des dizaines de personnes s’entassent en sous-sol dans des conditions de sécurité incertaines.

Tout cela est inimaginable, insupportable, et pourtant il va falloir s’y confronter et laisser aux enquêteurs le temps de déterminer les causes et les responsabilités de cette catastrophe. Et surtout en tirer des conclusions, légiférer ou imposer de nouvelles réglementations pour éviter que ce type de drame se reproduise. Car il est inimaginable d’avoir encore en tête, dévorant, le souvenir du «bal tragique» du 5/7 en Isère qui avait causé la mort de 146 jeunes, brûlés vifs une nuit de 1970, et de comprendre que, cinquante-cinq ans plus tard, un tel cauchemar est encore possible.

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