Ne pas oublier le carnage. Donald Trump, lui, l’a déjà fait, d’une seule déclaration ce jeudi 15 janvier au soir, en validant le discours du régime de Téhéran, selon lequel seuls des «terroristes» ont manifesté en Iran. Il faut documenter le plus méthodiquement possible ce qui s’est passé pendant ces cinq jours où les Iraniens ont été coupés du monde, où si peu d’images ont filtré. Le reportage au cœur du massacre publié aujourd’hui dans Libération donne à voir les espoirs qui ont porté les manifestants, puis la plongée dans la nuit et la violence. Un récit qui confirme ce qui nous parvient, au compte-goutte, via les ONG ou ceux qui ont réussi à quitter le pays. Le régime des mollahs a éteint la lumière, coupant les liens de 92 millions de personnes avec le monde extérieur, et tué à bout portant ceux qui le contestaient.
La république islamique est un régime forgé dans le sang, qui n’a jamais hésité à employer la force brute pour écraser toute rébellion. Répression des mouvements étudiants et assassinats des opposants à l’étranger dans les années 90, condamnations à mort par pendaison de tout contestataire, déchaînements de violence contre les protestataires du mouvement Femme, vie, liberté… Impossible d’être exhaustif tant la violence d’Etat fait partie de l’ADN de la république islamique. La révolte matée ces derniers jours est un nouveau palier dans l’impensable. Le choc de la confrontation entre deux Iran a sans doute causé le pire massacre de l’histoire récente du pays. D’un côté, des manifestants désespérés, qui n’ont souvent plus rien d’autre à perdre que leur vie, tant l’avenir semble bouché. De l’autre, des dirigeants aux abois et des forces de sécurité fidèles, qui cachent leur perte de légitimité dans un bain de sang. Pourtant, après tant de morts, le régime semble avoir fait une ultime pirouette et convaincu le maître de Washington de lui laisser un sursis. Les Iraniens sont plus seuls que jamais.




