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Libération
L'édito d'Hamdam Mostafavi

Iran : une révolte sur un fil

Extension géographique, participation des commerçants, éventualité d’une intervention américaine dans la foulée du Venezuela… L’actuel mouvement présente plusieurs caractéristiques marquantes, mais doit affronter un système répressif d’airain.

Tensions entre manifestants et forces de l'ordre, dans le bazar de Téhéran, le 6 janvier 2026. (AFP)
Publié le 09/01/2026 à 20h03

Une révolte de plus ? Ou celle qui, par la somme de toutes les colères dans un contexte international inédit, va renverser le régime qui dirige l’Iran depuis quarante-sept ans ? Difficile, pour l’heure, d’être sûr. Mais trois éléments distinguent ces manifestations des nombreuses autres qui les ont précédées, dont celles du mouvement déjà important de «Femme, vie, liberté». D’abord, la géographie : le mouvement est vaste, répandu, touchant des villes et villages qui n’avaient jamais manifesté, ou très rarement. Dans certaines zones où des systèmes de solidarité traditionnels avaient jusqu’ici atténué l’impact de la situation économique désastreuse, les habitants ont aussi fait part de leur ras-le-bol.

Ensuite, le bazar : cœur battant de la vie économique iranienne, la colère des commerçants est un signal fort. Déjà en 1979, il avait constitué un point de bascule pour provoquer le départ du chah et l’avènement de la république islamique. Voir les échoppes fermées, et ce, dans presque toutes les villes, constitue un fait rare.

Enfin le troisième facteur majeur est bien sûr l’occupant de la Maison Blanche. Les images de la capture du dirigeant Nicolás Maduro au Venezuela ont résonné jusqu’à Téhéran. Il y a six mois, l’attaque d’Israël, soutenu par Washington, unissait les Iraniens contre l’ennemi extérieur. Ils refusaient qu’un changement leur soit imposé. Aujourd’hui, l’avertissement de Donald Trump contre les mollahs vient appuyer la colère du peuple, sans qu’on sache trop à quoi s’attendre pour la suite, alors que le fils de l’ancien chah, Reza Pahlavi, se pose en figure unificatrice, avec un écho lui aussi inédit.

Même s’il ne faut pas oublier que beaucoup ont intérêt au maintien de la république islamique, dont les Gardiens de la révolution – la milice armée qui tient des pans entiers du système. Impossible de savoir s’ils seront prêts à lâcher les religieux, et à quelles conditions. Sans oublier que les morts des derniers jours – au moins une cinquantaine – montrent que le régime ne se laissera pas abattre sans terribles représailles.

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