Ils pensaient qu’en misant sur la qualité et le savoir-faire, ils parviendraient à sauver leur entreprise fondée en 1924 par Edgar Brandt. Peine perdue. Les salariés de Brandt ont appris jeudi que c’était plié, leur combat n’a servi à rien. Cette marque historique d’électroménager française, reprise en 2014 par un groupe algérien et dont le slogan fut longtemps «Construit pour durer», se retrouve en liquidation judiciaire. Avec plus de 700 personnes sur le carreau à dix jours des vacances de Noël.
Cette nouvelle, qui marque peut-être la fin d’une énième filière industrielle en France, est d’autant plus terrible que les salariés avaient monté à l’arrache un projet sous la forme d’une Scop (une société détenue par ses salariés et fonctionnant selon des principes coopératifs), inspiré par le succès de Duralex. L’Etat, qui s’est réveillé un peu tard, était prêt à aider mais les banques, qui n’aiment pas les prises de risque, ont lâché l’affaire. Comment les banques peuvent-elles être aux abonnés absents quand il s’agit d’accompagner un projet industriel vital pour un bassin d’emplois ? Franchement, les bras nous en tombent quand on se souvient que la réindustrialisation du pays était un des axes majeurs d’Emmanuel Macron. Et que l’on ne vienne pas brandir l’argument trop facile de l’instabilité politique. Le boulot de Bercy est, entre autres, d’anticiper ce genre de crise et non de réagir en catastrophe.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, réclame dans Libération qu’une cellule de crise soit créée au ministère de l’Economie, cela semble frappé au coin du bon sens. D’autant que, entre les délocalisations décidées par certains grands patrons et les difficultés économiques, quelque 46 000 postes seraient menacés dans l’industrie française. Le pire, pour Brandt, c’est que si l’entreprise était restée dans l’armement, sa spécialité d’origine, ses carnets de commandes seraient aujourd’hui pleins à craquer. On consomme davantage d’obus et de canons que de plaques de cuisson.




