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Libération
L'édito de Paul Quinio

Le gouvernement Bayrou en apesanteur

En annonçant qu’il sollicitera le 8 septembre un vote de confiance à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a installé l’idée d’un exécutif en sursis, alors que s’annoncent rentrée scolaire, tensions sociales et défis climatiques ou internationaux.
François Bayrou à l'université de rentrée de la CFDT à Boissy-la-Rivière, le 26 août. (Albert Facelly/Libération)
publié le 28 août 2025 à 20h26

«Ils étaient en vacances», a expliqué François Bayrou mercredi soir à propos des responsables politiques qu’il n’aurait pas voulu déranger pour discuter du budget en plein mois d’août. Avouons-le, le toupet du Premier ministre nous a sur le moment fait rire. Et l’on a pensé à ces phrases d’hommes ou de femmes politiques qui, à force d’être reprises, détournées, sorties de leur contexte, tordues par des humoristes, deviennent cultes et nourrissent les best-of des années plus tard. «Ils étaient en vacances» pourrait bien appartenir à cette catégorie.

Passons sur le fait que ce respect des sacro-saints congés estivaux des chefs de partis tranche sérieusement avec la stratégie de dramatisation choisie par le Premier ministre sur la situation budgétaire. Soit il y a urgence, soit pas. Passons aussi sur cette interprétation psy : François Bayrou sait, depuis sa décision de susciter un vote de confiance, qu’il devra sans doute prendre des congés après le 8 septembre. Son annonce a en tout cas immédiatement mis son gouvernement en apesanteur. L’expression «gestion des affaires courantes» repointe déjà son nez.

Et c’est là que tout devient subitement moins drôle tant les sujets brûlants, importants, structurants, s’accumulent. Tant les préoccupations des millions de Français méritent autre chose qu’une «gestion des affaires courantes». La rentrée scolaire, par exemple, aurait pu être l’occasion de se pencher sur les défis qu’affrontent les jeunes… Ou sur le découragement qui s’aggrave chez les enseignants. L’avenir de la Nouvelle-Calédonie ? En suspens, malgré les dénégations de Manuel Valls. Ces infirmières qui se demandent chaque matin devant l’entrée de leur hôpital «A quoi bon ?» mais répondent quand même présentes. Pas un sujet. Les défis du changement climatique ? Idem. On s’arrête là, on laisse de côté les crises internationales, vous avez compris. La question est de savoir si Emmanuel Macron comme François Bayrou ont compris que ce sentiment de vacance politique s’est installé chez les Français. Un sentiment évidemment très dangereux.