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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Le meurtre de Quentin D. nous fait mal à tous

Des antifas sont suspectés du lynchage du militant d’extrême droite à Lyon. Le climat politique actuel, saturé d’outrances et d’intolérance, a tout pour engendrer ce type de tragédie.

Extrait d'une vidéo amateur prise par un témoin de l'agression mortelle de Quentin D. à Lyon jeudi. (Vidéo amateur Paka/DR)
Publié aujourd'hui à 20h37

A Lyon un étudiant de 23 ans est mort. Roué de coups. A terre. Peu importe son identité. Peu importe sa couleur de peau. Peu importent ses opinions politiques. Rien, strictement rien n’autorise ni n’excuse cette sauvagerie. Elle nous fait mal à tous, et elle fait mal surtout à l’esprit de ce que nous essayons chacun, à notre niveau, de préserver, celui de la République avec ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Les circonstances exactes de ce meurtre ne sont pas encore totalement établies mais tout indique qu’il est le résultat d’une rixe entre deux bandes rivales, l’une d’extrême droite, l’autre d’extrême gauche, en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à l’Institut d’études politiques de Lyon. La victime, Quentin D., était un militant identitaire originaire de l’agglomération de Vienne, dans l’Isère, fidèle d’une paroisse catholique traditionaliste. Le collectif d’extrême droite Némésis assure qu’il faisait partie du service de sécurité de ses militantes venues manifester contre Rima Hassan, et l’Action française de Lyon a salué la mémoire d’un «militant nationaliste». Sans doute a-t-il été pris à partie, avec d’autres militants, par un groupe rival proche de l’extrême gauche. Y a-t-il un lien avec la conférence de Rima Hassan qui, à tort ou à raison, déchaîne les passions ? Rien ne permet encore de l’affirmer même si beaucoup, parmi les responsables politiques et médiatiques, dimanche, ne se sont pas gênés pour le faire.

Ce qui est sûr, c’est que le climat insupportable d’outrance et d’intolérance dans lequel baigne depuis un certain temps la politique française – et malheureusement pas seulement elle – ne peut qu’engendrer ce genre de drame en échauffant des esprits trop simples, de quelque bord qu’ils soient. Mais ceux qui aujourd’hui pointent du doigt tel ou tel fautif, attisant davantage encore les braises de ce chaudron de haines recuites, feraient bien de retrouver leur calme et leur sérieux. Ce qu’ils appelaient d’ailleurs à faire, condamnant avec force «les amalgames», lors d’un précédent déchaînement de violence, celui qui a causé la mort du jeune militant d’extrême gauche Clément Méric un jour de juin 2013 à Paris. Cet étudiant de 18 ans avait été tabassé à mort par des skinheads chauffés à blanc, déjà, par un climat nauséabond. A un mois des élections municipales et près d’un an de la présidentielle, il faut garder à l’esprit, à chaque seconde, que la violence politique peut conduire à tuer.

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