Oublié, le retour du service militaire obligatoire ; balayée, la nécessité de renforcer la cohésion nationale ; effacée, l’égalité des chances. Présentant ce jeudi 27 novembre à la nation son projet d’un «service national» ouvert à tous les volontaires de 18 à 19 ans, Emmanuel Macron a d’emblée écarté toute ambition sociale et égalitaire, allant jusqu’à répéter trois fois que c’est l’armée – et l’armée seulement – qui «sélectionnera» les «candidats» selon ses propres besoins.
Arrivé sur place à l’heure pour une fois, prouvant ainsi au passage que la discipline militaire a du bon, le président de la République a tenu son discours aux accents patriotiques attendus dans un hangar de la 27e brigade d’infanterie de montagne basée à Varces-Allières-et-Risset (Isère). Ces spécialistes du camouflage et de l’avancée masquée en conditions extrêmes ont inspiré le chef de l’Etat, dont les propos opérationnels étaient à la fois très précis et extrêmement flous.
Des contrats très avantageux
Le triple objectif présenté («Renforcer le pacte noué entre la nation et l’armée, renforcer la capacité de résistance de notre nation, consolider la formation de nos jeunes») laissait déjà songeur : comment une sélection où seront naturellement préférés les lycéens avec les meilleures notes, sans casier judiciaire et avec une appétence technologique déjà prouvée pourrait renforcer la nation ?
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Mais c’est le pays cité en modèle qui en dit long. «Ce service national s’inspire des pratiques de nos partenaires européens, en particulier de la Norvège», a ainsi révélé Emmanuel Macron. Or, la Norvège pratique un recrutement militaire hautement ciblé : seuls 17 % des jeunes de 18 à 19 ans sont sélectionnés, selon des compétences précoces allant des mathématiques à la connaissance du russe en passant par les langages informatiques. Un quart de ces heureux élus se voient alors offrir des contrats très avantageux qui les dispensent de passer par des études longues, coûteuses et en fin de compte inutiles.
«Une armée avec un cœur actif et une jeunesse formée et sélectionnée, voilà ce que nous devons viser», a lâché en fin de course le chef de l’Etat. Ce n’était pas là la promesse initiale, mais c’est de bonne guerre.




