Nicolas Sarkozy a lancé mercredi à Paris sa tournée de dédicaces de Journal d’un prisonnier. Une première séance qui donne le ton du cirque qui nous attend, puisque les étapes suivantes, dès ce jeudi à Marseille, devraient être dans la même veine. Longues files d’attente de fans enamourés, flics en nombre et caméras en pagaille. On pourrait se moquer gentiment de cet élan d’intérêt littéraire. On pourrait railler l’empathie suscitée par ces désormais célèbres yaourts gobés quotidiennement à la Santé par celui qui fut, trois semaines durant, le plus célèbre détenu de France après sa condamnation dans l’affaire dite du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. On pourrait tout simplement s’étonner de cette ferveur intacte à l’égard d’un ancien président condamné définitivement dans deux autres affaires, ce qui fait tout de même démocratiquement un peu tache.
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Sauf qu’étonnement il n’y a pas. Nul besoin d’avoir fait Sciences-Po pour reconnaître que Nicolas Sarkozy reste un héros pour l’électorat de droite. Nul besoin non plus d’avoir fait une école de pub pour comprendre que la communication de l’ex-chef de l’Etat est d’une efficacité redoutable.
On peut en revanche être choqué par le cœur de cette stratégie de com qui consiste à transformer l’ancien président en victime. «Nicolas Sarkozy n’est pas Dreyfus», résume dans nos pages la sœur d’une des victimes de l’attentat en 1989 du DC 10 d’UTA. Présente au procès de Nicolas Sarkozy – un très proche de Kadhafi, condamné en 1999 pour cet attentat, est au cœur du pacte de corruption que Nicolas Sarkozy est suspecté d’avoir noué avec la Libye –, elle se dit aussi choquée par «sa position victimaire tellement honteuse». On la comprend.
Il existe une autre raison d’être plus que gêné par ce «Sarko circus» : le brouhaha qu’il occasionne détourne l’attention d’un fait politique majeur contenu dans ce Journal d’un prisonnier. Nicolas Sarkozy s’y prononce contre le front républicain, position qu’il assure vouloir «assumer» publiquement le moment venu. Il assume donc clairement un appel du pied à l’extrême droite. Ce qui nous emmène soudain très loin d’un simple «Sarko circus» organisé en l’honneur d’un héros de ce qu’on appelait, en son temps, la droite républicaine.




