La crise couve dans les lycées français à l’étranger, symbole s’il en est d’une certaine idée de l’excellence. Implantés dans 138 pays, concernant 400 000 élèves, ils ont pour mission d’assurer un enseignement de qualité en français. A Rio de Janeiro, à Lomé ou à Rome, chaque élève, de la maternelle à la terminale, doit recevoir un enseignement calqué sur le programme hexagonal : un système unique et envié de continuité pédagogique, qualifié de «trésor national» par le président de la République. Ce n’est pas un hasard si ces établissements sont directement rattachés au Quai d’Orsay : ils constituent un instrument du soft power tricolore, permettant de façonner les esprits dès le plus jeune âge autour des valeurs de la France.
Enquête
Souvent, il s’agit de jeunes issus de familles plutôt favorisées – à en juger par les importants frais de scolarité. Elites locales prêtes à payer une fortune pour garantir un enseignement de haut niveau à leurs enfants ; élites françaises expatriées, mais aussi Français implantés à l’étranger soucieux de garder un lien avec leur pays d’origine. Un système qui bénéficie aussi d’un important financement de la part de l’Etat, de l’ordre d’un demi-milliard d’euros, mais qui ne suscitait pas trop de débats. Jusqu’à ce que le jeune président Macron se prenne d’envie en 2018 de «rebooster» ces ambassades informelles, avec un objectif chiffré, celui de doubler les effectifs d’ici 2030.
Mais derrière cette intention louable se cache un loup : l’entrée massive du privé dans ce domaine, et un deux poids, deux mesures entre les établissements gérés par le public et ceux gérés par le privé, alors même qu’ils sont tous «homologués par l’Etat» de la même manière. Et que le privé profite ainsi de larges financements publics. L’étiquette «lycée français» attribuée de plus en plus à la va-vite, cache des processus de sélection moins rigoureux et un business florissant, comme le démontre notre enquête. Avec le risque accru de faire de ces prestigieux établissements des coquilles vides.




