Chahuté par des ouvriers en colère lors d’une visite en Corrèze, en octobre 2017, Emmanuel Macron avait répliqué par une grossièreté qui à l’époque avait profondément choqué : «Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes.»
Plus de huit ans après, il y en a qui espèrent faire les deux choses à la fois, pour ne pas dire «en même temps» : créer une instabilité permanente de l’exécutif, pour «aller regarder» s’ils ne pourraient pas briguer le poste du président de la République. D’abord lancée par Jean-Luc Mélenchon et immédiatement ridiculisée à droite comme à gauche, l’idée d’une élection présidentielle anticipée rassemble aujourd’hui plus que toute autre initiative politique.
Premier de cordée et pas des moindres, l’ancien Premier ministre Edouard Philippe musardait ainsi sur France Inter dès l’automne qu’«on ne va pas faire durer ce que nous vivons depuis six mois pendant dix-huit mois encore», définissant une possible mais hautement hypothétique démission du Président en milieu de mandat comme «la décision qui est à la hauteur de sa fonction». Enfonçant le clou, le député centriste aux lettres de noblesse irréprochables, Charles de Courson, estimait dans la foulée que «le plus noble politiquement» pour Emmanuel Macron, «c’est de démissionner».
Notre récit retrace le cheminement inattendu du slogan «Macron, démission !», entre le RN, Jean-François Copé, François Fillon, François Ruffin ou Gabriel Attal, chacun s’exprimant (fortement) pour ou (mollement) contre. Bruno Retailleau repousse ainsi l’idée tout en poussant Macron sous le bus : «Ce serait une décision extrêmement grave, seul le président de la République peut la prendre.»
Ben voyons. Le président, évidemment, n’en a pas la moindre intention. Il pourrait bien sûr – citant une de ces références télévisées désuètes dont il raffole – appeler à son secours celui qui veille quand il ne reste plus aucun espoir : le Capitaine FLAM. En attendant, c’est le bordel, et pas de la faute des ouvriers en Corrèze.




