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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Massacres au Soudan : les bourreaux frappent dans le silence général

Alors que les milices du général Hemetti se sont emparées de la ville d’El-Fasher le 26 octobre, exécutant des civils en masse, la communauté internationale laisse s’installer l’horreur.

Hamza Assadeck Abdoulrahman, 19 ans, l'un des rescapés d'El-Fasher ayant témoigné auprès de «Libération». (Joris Bolomey/Libération)
Publié le 11/11/2025 à 19h47

La guerre civile au Soudan fait partie des angles morts de la géopolitique mondiale. Un groupe paramilitaire y massacre en toute impunité des civils, sans que personne ne bouge malgré les alertes lancées par certains acteurs nationaux ou internationaux, notamment humanitaires. Et les armes continuent à affluer, sans que quiconque tente de couper ce robinet ouvert à volonté. Ainsi, il est de notoriété publique – bien qu’ils s’en défendent – que les Emirats arabes unis, appâtés par les richesses minières et agricoles du Soudan, arment massivement les Forces de soutien rapide (RSF) du général Hemetti qui viennent de se livrer à des exécutions massives de civils dans la ville d’El-Fasher, capitale du Darfour-Nord, conquise le 26 octobre. Une conquête qui permet désormais aux RSF de contrôler la quasi-totalité du Darfour alors que l’armée régulière était parvenue en début d’année à reprendre la capitale, Khartoum, et ses alentours, notre envoyé spécial l’avait alors largement raconté.

El-Fasher est désormais coupée du monde mais les bourreaux se sont filmés en train de massacrer les civils, cette tragédie est donc documentée de la pire façon. Nous avons voulu en savoir plus, par nous-mêmes, en interrogeant, à la frontière tchadienne, les survivants fuyant les tueries. Et leurs paroles, que nous rapportons, font froid dans le dos. Les civils soudanais sont seuls, abandonnés, pris en tenaille entre l’armée et les RSF qui, chacun, rêve de conquérir le pouvoir par les armes, au prix de crimes de guerre (commis par les deux camps) et de nettoyages ethniques (par les troupes de Hemetti). Les pays occidentaux pourraient faire pression sur les Emirats arabes unis afin qu’ils cessent leurs livraisons d’armes aux RSF, mais d’autres intérêts sont en jeu, notamment au Proche-Orient. Ce même Proche-Orient où les soutiens de l’armée régulière (Egypte, Turquie, Iran) ont aussi fort à faire ces temps-ci. La vie des civils soudanais représente pour eux peu de choses comparé à la consolidation de leurs propres régimes.

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