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L'édito

Mercosur : un court répit pour Emmanuel Macron

La contestation prend de l’ampleur chez les agriculteurs mobilisés contre l’abattage systématique des troupeaux et l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur.

Mobilisation d'éleveurs à Tarascon-sur-Ariège, mercredi 17 décembre 2025. (Sylvain Courros/Libération)
Publié le 18/12/2025 à 20h59

Renforcer l’Europe face aux menaces américaines et russes en signant l’accord UE-Mercosur ou satisfaire les éleveurs de bovins et éviter un blocage du pays à quelques jours de Noël ? Entre le long terme et le court terme, Emmanuel Macron a choisi : il préfère sacrifier les enjeux géopolitiques pour tenter de préserver ses intérêts politiques en France, du moins ce qu’il en reste. Dans la panique de cette fin d’année catastrophique qui aura vu le pays paralysé par la faiblesse de l’exécutif et l’impuissance d’une Assemblée nationale longtemps incapable de s’entendre sur un sujet aussi fondamental que le budget, Macron en est réduit à renier ses convictions européennes pour essayer d’éviter une nouvelle crise en France.

Résumons l’affaire. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens sont réunis jusqu’à ce vendredi à Bruxelles pour arrêter une position sur l’accord de libre-échange entre le Mercosur et l’Union européenne, un traité commercial négocié depuis plus de vingt ans avec l’Amérique du Sud, la dernière zone au monde à ne pas être hostile à l’Europe. Les principaux partis politiques français se sont toujours montrés très méfiants vis-à-vis de ce traité qui, à leurs yeux, favorise l’industrie allemande et pénalise la filière bovine française. Sauf que les temps ont changé, l’Europe se trouve désormais prise en étau entre deux ennemis qui ont juré sa perte, les Etats-Unis et la Russie. Elle a donc un besoin vital d’alliés.

Mais ces négociations de la dernière chance tombent au moment où les éleveurs français de bovins manifestent en France et à Bruxelles contre la stratégie de Paris pour lutter contre l’épidémie de dermatose qui décime leurs cheptels. Pour eux, la signature de l’accord avec le Mercosur serait le dernier clou dans leur cercueil et ils menacent de bloquer le pays à la veille de Noël.

Affolé par le chaos qui menace à nouveau alors que les Français n’en peuvent plus de l’instabilité politique, le chef de l’Etat en est même venu à tenter de convaincre l’Italie de Giorgia Meloni de l’aider à constituer une minorité de blocage pour dire non à ce traité. Alors même qu’il avait obtenu des garanties très intéressantes de Bruxelles pour préserver la filière agricole. Mais Meloni a simplement demandé au président du Brésil, qui accueillera le sommet du Mercosur samedi, de repousser la signature du traité en précisant qu’à cette condition, elle sera prête à le signer. Ursula von der Leyen a annoncé jeudi le report à janvier. Macron a donc gagné un court répit. Mais la France ne cesse d’écorner son image et prend le risque de semer la zizanie au sein même de l’Europe. Ce qui constitue un magnifique cadeau de Noël à Vladimir Poutine et Donald Trump.

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