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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Mort de Claudette Colvin : pionnière d’un combat plus que jamais d’actualité

La première femme noire à avoir refusé les diktats de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, en 1955, est morte à 86 ans. Invisibilisée, son courage résonne avec les injustices actuelles.

Claudette Colvin à New York, le 5 favrier 2009. (Julie Jacobson/AP)
Publié le 14/01/2026 à 20h38

A l’heure où l’on célèbre le formidable courage des Iraniennes et des Iraniens qui, en masse, se soulèvent contre les injustices et l’oppression, au risque d’être tués d’une balle dans la tête ou par pendaison, il nous a semblé important de célébrer le courage de Claudette Colvin, morte mardi 13 janvier à 86 ans, première femme noire à avoir refusé les diktats de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, au risque de voir sa vie dévastée. Doublement important car cette femme a subi deux injustices.

La première est due à sa couleur de peau. Ce fatidique jour de mars 1955, les lois de la ségrégation alors en vigueur lui imposaient de se lever, dans le bus qui la ramenait de l’école, pour laisser son siège à une femme blanche. A 15 ans, elle a eu le courage de rester obstinément assise, défiant le conducteur du bus qui aurait pu la tuer. Un acte qui la conduira en prison et brisera son rêve de devenir avocate.

La deuxième injustice, c’est son invisibilisation : le nom de Claudette Colvin a failli ne jamais apparaître dans les livres d’histoire. Pour le monde entier, ou presque, la figure de proue de la défense des droits civiques aux Etats-Unis, c’est Rosa Parks qui, neuf mois après Claudette Colvin et dans la même ville, refusera à son tour de laisser sa place à une femme blanche dans un bus.

Pourquoi le nom de Rosa Parks est-il resté gravé dans l’histoire, au point que, à sa mort, sa dépouille sera exposée deux jours durant dans la rotonde du Capitole pour un hommage public ? Tania de Montaigne a magnifiquement répondu à cette question dans Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, un essai court et lumineux qui a beaucoup tourné dans les établissements scolaires et que l’autrice a interprété elle-même sur scène, donnant chair à cette pionnière oubliée de la lutte pour les droits civiques. C’est pourquoi nous lui avons demandé de retracer aujourd’hui cette histoire.

Soixante-dix ans après le geste de Claudette Colvin, alors que les Etats-Unis sont dirigés par un homme raciste et sexiste et que les injustices gangrènent toujours le monde, le combat de cette femme oubliée reste plus que jamais d’actualité.

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