Complètement paresseux et étourdi. C’est ainsi qu’a été traduit le titre de la première autobiographie de Martin Parr (Utterly Lazy and Inattentive en VO), sortie en septembre en France. Un manifeste de l’état d’esprit et de la pratique du photographe anglais, l’un des plus populaires au monde ? Avec Martin Parr, il peut être imprudent de se fier aux apparences.
Paresseux et étourdi, vraiment ? Difficile à croire quand le Britannique, mort samedi 6 décembre à 73 ans, détient le record du nombre d’expositions simultanées – son projet Common Sense a été l’objet de 41 expos dans 17 pays en 1999 –, qu’il a publié pas moins de 120 livres de ses photographies et qu’il traîne une réputation de bourreau de travail.
Le photographe inoffensif du kitsch et des plages ? Fort de ses images aux couleurs vives, il pousse avec fracas les portes de l’agence Magnum, soit le temple du photojournalisme en noir et blanc. Déclenchant une réaction violente d’une partie des sociétaires bien installés qui ne reconnaissent pas en lui un digne représentant de «l’humanisme» revendiqué par l’agence, notamment les photographes dits de guerre. «Si les gens étaient autant contre moi, c’est que j’étais sur la bonne voie», a-t-il retenu de cet épisode désagréable.
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Un indice d’une certaine confiance en soi qu’on retrouve dans l’humour tranchant de ses images, puisant aux sources de la street photography pour l’appliquer aux plages de son Angleterre natale à coups de flash, corps rougis par le soleil, fish and chips et mouettes affamées. Si ce n’est qu’avec son éternelle dégaine bermuda-sandales-chaussettes, il entre parfaitement dans la catégorie des images qu’il expose et de ses sujets sur lesquels il porte un regard espiègle sans jamais les surplomber.
Les excès de la société de consommation, le surtourisme, la pauvreté d’une partie de l’Angleterre sous Thatcher… c’est tout ce qui est révélé au-delà des couleurs saturées de ses images. Son immense culture photographique n’en a pas non plus fait un donneur de leçon, lui qui portera l’autodérision au plus haut niveau. Se mettant en scène parfois à la limite de la caricature. Mais c’est tout l’art de Martin Parr d’explorer les limites de la photographie, quitte à basculer de l’autre côté, s’émancipant d’un pur point de vue humaniste pour un regard sur l’humanité.




