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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Philippe Aghion : les solutions d’un Prix Nobel d’économie

Dans un entretien aussi inspirant que pédagogique, l’économiste partage ses analyses sur les nombreux sujets qui agitent le débat public : retraites, taxe Zucman, présidentielle 2027...

L'économiste Philippe Aghion à Paris, le 7 novembre. (Rémy Artiges/Libération)
Publié le 13/11/2025 à 20h10

Comme cela fait du bien de s’extirper un instant du marigot politique et de prendre de la hauteur ! Entendons-nous : les querelles politiciennes participent à la santé démocratique du pays mais avouez que, ces derniers temps, leur niveau a menacé de nous étouffer collectivement. D’où notre besoin et envie d’interroger Philippe Aghion, un homme capable d’observer et d’analyser avec aisance, compétence et pédagogie aussi bien les questions économiques que politiques ou internationales. Un économiste qui a conseillé Emmanuel Macron durant sa première campagne électorale avant de prendre du champ en constatant que le chef de l’Etat écoutait peu les femmes et surtout les hommes parlant à son oreille. Un Français tout juste récompensé du prix Nobel d’économie, excusez du peu.

Même si l’on ne partage pas toutes ses opinions, reconnaissons que son interview est inspirante. Avec lui, l’économie n’est plus un sac de nœuds ou une ligne de chiffres qui dégringolent et menacent de nous emporter dans leur chute, mais une simple situation qu’il faut observer «sans panique et sans drame», cela va nettement mieux en le disant. Avec lui, la suspension de la réforme des retraites est une excellente chose, pour la bonne raison que «les gens [n’en] veulent pas». Et sa façon de lister le nombre de catastrophes auxquelles nous aurions peut-être échappé si ce projet n’avait pas été imposé au forceps donne le vertige.

Pour lui, il faut en finir avec les méthodes d’optimisation fiscale utilisées à l’envi par les plus aisés pour échapper à l’impôt, il faut plutôt que «tout le monde paie l’impôt qu’il doit payer», même s’il se prononce contre la taxe Zucman qui pénaliserait l’innovation en France et d’abord les recherches en matière d’intelligence artificielle, la vraie révolution du moment. Pour lui, le contre-budget du RN n’est «ni fait ni à faire» et préparerait «une France en déclin». Pour lui, trop peu de jeunes et trop peu de seniors travaillent en France, ce qui témoigne d’un manque de civisme des entreprises et surtout d’un système de formation mal ajusté. Certes, cet homme a aussi des idées bizarres, comme celle de glisser Jean Castex parmi les possibles présidentiables, mais l’on sait qu’à un an et demi d’une telle échéance, personne n’est capable de donner la moindre prévision avec certitude, pas même un Prix Nobel.

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