Cela pourrait être le scénario d’un film hollywoodien. A Malandry, dans les Ardennes, l’eau de source a longtemps été une fierté locale, un «trésor» même. Mais c’était avant que celle-ci ne soit testée à la recherche de Pfas, en vertu d’une directive européenne qui entrera en vigueur en 2026 et que la France a en partie anticipée. Le verdict est sans appel : l’eau du village connaît des taux massifs de contamination à ces «substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées», largement utilisées dans l’industrie depuis les années 30 pour leurs propriétés de grande résistance. Vêtements, emballages, pesticides… ces «polluants éternels» sont partout. Ils étaient jusque-là invisibles, mais les outils de mesure actuels et l’arrivée de la nouvelle réglementation révèlent aujourd’hui l’ampleur du désastre. Le manque d’études de long terme ne permet pas encore d’évaluer pleinement le danger, mais le risque, lié à l’exposition à ces substances, est établi.
Dans ce village de l’est, les habitants ne peuvent plus boire l’eau du robinet. 3 500 personnes sont là-bas concernées mais, comme l’indique le ministère de la Santé, pas moins de 60 000 personnes sont confrontées à cette réalité dans toute la France. La décision d’interdire de boire l’eau du robinet se fait souvent au cas par cas, selon les circonstances locales. Avec les tests qui se généralisent, notamment dans des régions encore peu étudiées comme le Nord ou l’Occitanie, d’autres zones pourraient se découvrir polluées, transformant ces drames locaux en scandale environnemental et potentiellement sanitaire à grande échelle.
Si l’on veut s’y attaquer, les moyens d’action pour dépolluer sont coûteux, surtout pour des villages ayant peu les moyens de les financer. Aux Etats-Unis, où le problème se pose depuis les années 90, ce sont les grandes entreprises polluantes qui, confrontées à des procès, ont dû assumer le coût de cette dépollution. En France, la loi Pfas du député écologiste Nicolas Thierry, votée en février, prévoit une redevance pollueur-payeur. Mais les décrets ont tardé, et son application est désormais conditionnée au vote très incertain du budget dans le contexte d’instabilité actuelle. L’urgence est pourtant là. A Malandry, les jours passent et les habitants ne savent toujours pas s’ils pourront reboire un jour «leur» eau.




