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L'édito de Paul Quinio

Procès en appel de Marine Le Pen : face au refrain populiste du RN, toujours rappeler la gravité des faits jugés

Après la condamnation en première instance de l’ex-patronne du RN, son camp avait étrillé une justice soi-disant partisane. Mais son inéligibilité, si elle est confirmée, ne changera rien à l’essor du discours d’extrême droite dans le paysage politique.

Marine Le Pen en conférence de presse à Paris, le 23 octobre. (Albert Facelly/Libération)
Publié le 11/01/2026 à 19h52

Le procès en appel de Marine Le Pen s’ouvre ce mardi 13 janvier. Nul doute que ce retour à la barre du tribunal de la leader d’extrême droite sera, comme le furent sa convocation et sa condamnation en première instance, l’occasion pour beaucoup de dénoncer une justice politique. Et bien sûr de crier à la confiscation du scrutin de 2027 si la peine de cinq ans d’inéligibilité était confirmée. Il n’en est évidemment rien. Face à ce refrain populiste qui mine un des piliers de notre démocratie – également chanté par un Nicolas Sarkozy après sa condamnation à une peine de prison –, il faut d’abord rappeler la gravité des faits reprochés à la triple candidate à la présidentielle : le rôle «central» qu’elle a joué dans le détournement de fonds publics organisé par sa formation politique. Ce n’est donc pas une idéologie qui est jugée, mais un comportement délictueux d’une personnalité politique, et d’un certain nombre de ses proches. Rappelons au passage que le FN devenu RN a longtemps prospéré sur la dénonciation populiste du «tous pourris», avant de se faire lui-même prendre les mains dans le pot de confiture.

Récuser le procès d’une politisation de la justice ne signifie en rien que la décision de justice qui a été prise l’an dernier, comme celle qui sera prise à l’issue du procès en appel, n’aura pas de conséquence politique. Evidemment qu’une confirmation de l’inéligibilité de Marine Le Pen, et donc l’impossibilité pour elle de se présenter en 2027, serait un fait politique important. Mais il faut là encore nuancer. Si sa condamnation a sans doute entravé la liberté d’action personnelle de Marine Le Pen, le discours de l’extrême droite se porte malheureusement toujours aussi bien dans les enquêtes d’opinion. La bonne santé du plan B comme Bardella pour remplacer l’héritière désignée de Jean-Marie Le Pen le prouve. Si conséquences politiques il y a, elles auront à faire avec le destin d’un clan installé depuis des décennies à la tête de l’extrême droite française, qui verrait le sol se dérober au moment où la première marche du podium semble à portée de pied. La justice ne serait donc que l’auxiliaire d’une ironie de l’histoire, dont on pourra sans doute sourire, certainement pas se réjouir, tant le RN, Le Pen ou pas Le Pen, pèse aujourd’hui sur la politique française…

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