Il faut avoir vécu dans une grotte ces derniers mois pour ne pas s’être aperçu que Jean-Luc Mélenchon cherche désespérément, en prévision des européennes du 9 juin, à s’attirer les votes de la jeunesse des quartiers populaires, et notamment des banlieues. Il a bien compris, au vu du résultat de la dernière présidentielle, que là était sa principale réserve de voix dans cette élection qui, traditionnellement, ne lui est guère favorable. D’où sa campagne axée essentiellement sur la Palestine avec son refus de qualifier de «terroristes» les attaques du Hamas le 7 octobre en Israël, son choix d’enrôler la Palestinienne Rima Hassan sur la liste LFI et son soutien marqué aux étudiants en colère contre les bombardements israéliens sur Gaza.
Pour l’heure, ce choix – qui lui a sans doute fait perdre nombre de voix d’une gauche plus modérée – ne s’avère guère payant dans les sondages, le parti de Jean-Luc Mélenchon stagnant bien en deçà de la barre des 10 %. Non seulement il met à mal la campagne menée par sa tête de liste, Manon Aubry, davantage axée sur les injustices sociales, mais son électorat-cible ne se déplace guère pour voter à d’autres scrutins que la présidentielle, a fortiori pour des élections européennes. D’où les multiples initiatives lancées pour adapter le format de cette campagne en privilégiant notamment le porte-à-porte afin de convaincre un à un les plus récalcitrants.
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Une stratégie très éloignée de celle des socialistes qui, sous la houlette de Raphaël Glucksmann, député européen sortant, tentent davantage de montrer aux électeurs potentiels en quoi les décisions votées à Bruxelles influent sur leur quotidien. Ce qui parle sans doute plus aux classes aisées qu’aux classes populaires. Pour le coup, ceux qui ont le plus de mal à toucher ces dernières, ce sont les écolos que l’on a tendance à voir dans les quartiers comme de doux rêveurs qui «parlent des arbres». Notre reportage à Marseille montre que Marie Toussaint, la tête de liste, en a bien conscience et tente elle aussi d’axer sa campagne sur les difficultés du quotidien. Même s’il ne reste qu’un petit mois pour marquer des points, ceux-ci ne seront de toute façon pas perdus. 2027, c’est demain et la tâche de la gauche est immense.