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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Roberto Saviano et Amine Kessaci, deux hommes seuls face au crime organisé

Réunis par «Libé» pour un entretien croisé, l’écrivain italien et le militant marseillais, dont le petit frère s’est fait tuer par balles la semaine dernière, alertent sur les dangers croissants du narcotrafic.

Amine Kessaci et Roberto Saviano, à Paris, ce mercredi 19 novembre 2025. (Denis Allard/Libération)
Publié le 19/11/2025 à 21h01

Qui mieux que le napolitain Roberto Saviano pour échanger avec le marseillais Amine Kessaci sur le danger croissant des mafias de la drogue ? Condamné à mort en 2006 par la Camorra, la puissante mafia napolitaine dont il avait osé dénoncer la violence, le journaliste et écrivain Roberto Saviano vit depuis lors jour et nuit sous protection policière et accuse l’organisation mafieuse de lui avoir «volé sa vie». Au militant Amine Kessaci, le crime organisé marseillais lié au narcotrafic a volé deux vies : celles de son frère aîné Brahim retrouvé calciné dans une voiture en 2020 après un règlement de compte entre dealers, et celle de son petit frère Mehdi tué de plusieurs balles la semaine dernière à Marseille, un «crime d’intimidation» a jugé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Les deux auraient pu s’effondrer, se terrer ou se taire, ils se sont au contraire levés, clamant haut et fort qu’ils ne se laisseraient pas intimider et qu’ils ne se tairaient pas. Ils sont bien seuls, c’est là le drame, nous ont-ils confié quand Libé les a réunis à l’occasion de la venue à Paris de Roberto Saviano, récompensé ce mercredi 19 novembre du prix Constantinople. En début d’année, l’Italien publiait justement Giovanni Falcone, un roman qui retrace la vie du juge abattu par la mafia sicilienne et dont le titre de l’édition italienne résonnait comme un avertissement : Solo è il coraggio («Le courage est solitaire»).

Malgré les rodomontades des derniers ministres de l’Intérieur, Gérald Darmanin et Bruno Retailleau, prompts à jouer les grandes gueules et les gros bras, le narcotrafic n’a en effet cessé de s’étendre ces dernières années, gangrenant de nombreuses villes de France, à commencer par Marseille. «La France est devenue une plaque tournante du trafic de cocaïne», alerte Roberto Saviano en prévenant qu’«une nouvelle saison de sang débute dans le pays». Amine Kessaci, lui, dit qu’il tire depuis cinq ans la sonnette d’alarme avec son association Conscience sur le danger qui vient, en vain. «A travers le meurtre de Mehdi, victime innocente, c’est la France qu’on veut tester, affirme-t-il. C’est la République qu’on attaque. C’est l’état de droit qu’on veut déconstruire.»

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