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Libération
L'édito d'Alexandra Schwartzbrod

Trump II : un an, ressenti un siècle

Traque des immigrés, guerre économique, attaques contre le climat et la science, complicité avec Poutine, projet de riviera à Gaza, enlèvement de Maduro, menaces d’annexion du Groenland… 365 jours après son retour, le bilan du Président donne le vertige.

Donald Trump à Washington le 15 janvier. (Kylie Cooper/Reuters)
Publié le 19/01/2026 à 20h52

Il y a un an à cette heure-ci, on savait que ça allait secouer, que l’Ukraine risquait d’être lâchée par les Etats-Unis, que le monde ne serait plus le même après le deuxième mandat de Donald Trump. Mais on n’imaginait pas que ce président américain aux ressorts infantiles et égotistes irait si vite, si fort, si loin. Qu’il torpillerait l’ordre mondial instauré après la Seconde Guerre mondiale, transformant les alliés européens en ennemis et conviant le nouvel ami Vladimir Poutine à la table d’un «Conseil de la paix» chargé d’administrer un Gaza anéanti par son autre ami Benyamin Nétanyahou. Après quatre ans à l’isolement dans son fief de Mar-a-Lago, Donald Trump s’est mué en chef mafieux, traquant dans son propre pays ceux qu’il méprise (immigrés, «woke»…), faisant main basse avec sa bande sur les matières premières de la planète et dégommant ou menaçant, par le chantage ou le bras de fer, quiconque ose lui tenir tête.

Objectif de ce surrégime qui tétanise les démocraties, partager le monde en trois zones d’influence ou plutôt trois empires : américain, russe et chinois. Autant dire que les peuples «fragiles», c’est-à-dire brigués par des amis de Trump et incapables de se défendre seuls, apparaissent dans ce schéma-là condamnés : les Ukrainiens et les Palestiniens, et sans doute à terme les Taïwanais. Quant aux Européens, ils se retrouvent face à un choix existentiel : soit ils s’en sortent par le bas, c’est-à-dire qu’ils courbent l’échine et deviennent les vassaux des Etats-Unis, soit ils s’en sortent par le haut, en se regroupant, en assumant et en clamant enfin leur puissance, et il faudra alors saluer le forcené de la Maison Blanche pour avoir accompli cette performance. En attendant, Donald Trump va devoir se confronter au plus périlleux : son propre peuple. Car l’année écoulée a montré qu’il se moque bien de ceux à qui il avait promis de restaurer leur pouvoir d’achat et de cesser les interventions coûteuses à l’étranger. Certains d’entre eux commencent à comprendre qu’ils se sont fait berner : ce n’était pas Make America Great Again, mais Make Trump Great Again. Jusqu’à quand vont-ils l’accepter ?

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