Nombre de reportages, livres, documentaires ou articles relatent un phénomène «d’évaporation» de personnes au Japon, un pays où il serait facile de disparaître et de changer d’identité pour mener une vie totalement nouvelle. Le 17 novembre, Arte en remet une couche en diffusant Evaporés, un documentaire hanté par les jôhatsu objets de fascination, notamment en France. Pourtant, pour le professeur Hiroki Nakamori de l’université Rikkyo de Tokyo, sociologue spécialiste des disparitions, il y a une marge entre le mythe et la réalité de ce phénomène. Entretien.
La presse occidentale se fait l’écho depuis une dizaine d’années de cas fréquents de Japonais qui disparaissent volontairement qu’elle appelle les Jôhatsu. Vous vous êtes publiquement inquiété de l’ampleur de cette médiatisation à l’étranger, pourquoi ?
J’étais très surpris d’être sollicité par la presse anglo-saxonne sur les Jôhatsu-sha, puisque ce mot n’appartient plus ici au vocabulaire lié aux disparitions. Mes étudiants d’une vingtaine d’années ne connaissent pas ce terme dans l’acception de «disparu», il appartient au passé. En fait, le mot jôhatsu pour désigner la disparition de personnes était utilisé par les médias japonais dans les années 1960-1970, il y a donc plus d’un demi-siècle. Il faisait partie de ces «termes en vogue». Mais plus maintenant (1).
De surcroît, quand les médias japonais l’employaient, ce n’était pas pour donner une nuance mystique




