Menu
Libération
Ça vient de sortir... ou pas (5/6)

«La Cruauté contre les bêtes» de Louise Michel : le loup devrait être un homme pour l’homme

Article réservé aux abonnés
Dans ce texte de 1886, l’écrivaine anarchiste est la première à dresser un parallèle entre exploitation humaine et animale. Cent cinquante ans plus tard, il est grand temps d’intégrer la question du traitement des animaux à la lutte contre les inégalités sociales et environnementales, analyse l’historienne Violette Pouillard.
Montage à partir de deux images de porcheries en France et aux Etats-Unis (AFP) et d’une vidéo de L214 tournée en Bretagne (AFP). (Julien Langendorff/PRODLIBE 2023-0951)
par Violette Pouillard, historienne spécialiste des politiques d’exploitation et de protection des animaux, chargée de recherches au CNRS
publié le 16 août 2023 à 15h25

Ils prennent la poussière dans nos bibliothèques, et pourtant : pour penser l’époque, certains vieux bouquins sont aussi utiles que les textes contemporains. Libé les remet au goût du jour en les plongeant dans notre actualité.

La question du traitement des animaux suscite un intérêt sociétal de plus en plus marqué, tout en demeurant isolée puisqu’elle est le plus souvent dissociée des grands questionnements et enjeux contemporains, comme ceux des inégalités sociales et des crises environnementales. Ainsi, si les défenseurs des animaux tentent de trouver des auxiliaires dans des arguments comme ceux de la lutte contre le changement climatique ou de l’accès de tous à une alimentation saine pour défendre la diminution ou l’arrêt de la consommation de viande, il est plus rare de voir les scientifiques spécialistes du changement climatique ou les associations de lutte contre la faim évoquer la question des animaux comme individus faisant l’expérience des élevages industriels.

A cela s’ajoute que l’animalisation d’humains comme rejet radical dans l’altérité, récurrence des discours racistes aux effets marqués, a pu rendre suspect l’intérêt pour les animaux eux-mêmes – paradoxalement dès lors que se détourner des animaux ne fait que reproduire les césures des discours de haine, en place de les déconstruire. Le dédain envers les animaux est encore entretenu par des accusations de misanthropie et d’anti-humanisme, souvent brandies en France par des intellec