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Entretien

Mazarine Pingeot : «A partir du moment où l’éthique devient un argument marketing, c’est foutu»

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Sans alcool, sans gluten, sans sucre, sans additif… Désormais, on achète l’absence, transformée en valeur ajoutée, monétisée. Preuve pour la romancière et philosophe de notre difficulté à accepter le manque.

Mazarine Pingeot, à Paris, le 16 janvier. (Manuel Braun/Libération)
Publié le 26/01/2024 à 12h02

Difficile d’imaginer sans tomber dans la psychologie de comptoir ce qui manquait à Mazarine M. Pingeot au point de doter son état civil d’un second patronyme – littéralement, «le nom du père». Mais que la romancière et professeure de philosophie à Sciences-Po Bordeaux plaide dans son nouvel essai, Vivre sans (Climats, janvier 2024), pour une «philosophie du manque» avait de quoi intriguer. «On ne choisit pas ses sujets par hasard, souffle-t-elle à la fin de notre rencontre. Il y a toujours un lien avec une question existentielle.»

C’est pourtant à des privations inattendues qu’elle invite à réfléchir au fil de ce livre, à partir d’une floraison de slogans marketing à laquelle on commence à s’habituer : sans alcool, sans gluten, sans sucre, sans additif… Et mille autres petits ingrédients d’autant plus visibles qu’ils sont absents. Désormais, on achète le manque, on consomme éthique. Ultime stade, explique Mazarine Pingeot, d’une pensée libérale qui a fini d’absorber toutes ses oppositions, et nous promet un «monde ouaté d’où le tragique doit être exclu», un paradis dans lequel la rupture et le doute ne sont pas admis.

Pour l’écrivaine, la seule remise en cause de ce «totalitarisme doux», qui a remplacé le désir de sens par le manque d’objets, implique de refonder l’esprit critique par une nouvelle métaphysique. Car seule l’acception d’une faille dans la nature humaine pourrait ramener au cœur de nos sociétés un idéal qui n’a pas de pri

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