Une étrange soif de pénitence et de châtiment, comme un écho atavique d’anciens cultes, anime la plupart des méditations sur l’écologie. Au serein déroulement des chaînes causales et des effets qui ont forgé l’heure présente subviendraient, par métamorphose furtive, le murmure des fautes. Et trop souvent l’appel aux remèdes futurs résonne tel un jour du Jugement suspendu sur la trame récente de l’humanité, où celle-ci attend son bourreau prédestiné.
C’est ainsi que la volonté de «faire des sacrifices» – au sens courant de serrer la ceinture, d’économiser – glisse imperceptiblement vers le sadisme du sacrifice rituel : mettre à mort une partie de l’humanité. Le sens en est figuré, bien sûr, et métaphorique ; mais non pour autant moins inquiétant.
Le problème ne tient pas seulement au flou intrinsèque de toute prédication morale : le sentiment de culpabilité n’a jamais rien résolu dans les vies singulières, et l’on peine à imaginer qu’elle le puisse pour une collectivité aussi vaste que l’humanité présente et à venir.




