Ma chère laïcité,
Ton 120e anniversaire ne sera pas la promenade de santé que mériteraient tes bons et loyaux services en faveur d’une république dégagée des tutelles spirituelles et des influences bondieusardes. Après avoir claqué la bise sur tes joues fanées de vieille dame délurée, je vais m’empresser, moi aussi, de te rhabiller pour l’hiver. Tu es habituée à ce que chacun te grime à sa guise, t’enrôle dans son bataillon idéologique ou te torde le bras pour te faire signer des pétitions apocryphes. Je ne vais pas hésiter à en faire autant afin d’affirmer mes pulsions anticléricales et libertaires. Mais j’argumenterai sans prétendre détenir la vérité sur ta vraie nature. Et cela parce que «la vérité» n’est que la construction acrobatique et branlante d’un rapport de force et que «la nature» n’est qu’une belle ordure qu’on invoque comme une évidence originelle et un argument d’autorité.
Ma chère laïcité, dans les années 1900, tu as mené un dur combat contre le parti dévot et la réaction catholique. Tu devrais être aujourd’hui une retraitée apaisée, sirotant sa camomille sécularisée, enveloppée dans son plaid tissé de libre-pensée. Depuis ta véranda, tu regarderais s’ébattre tes arrière-petits-enfants à qui tu aurais appris à ne pas mêler leurs croyances privées aux affaires publiques.
Il n’en est rien ! Le religieux fait un dramatique retour d’âge et une terrible descente d’organes. Les solitudes qui se mirent dans les écrans chatoyants favorisent la réinvention de ces amis im




