Chaque mois, des chercheur·ses spécialistes du Sahel livrent leurs réflexions, leurs éclairages, leurs amusements, leurs colères ou leurs opinions sur la région. Aujourd’hui, le point de vue de Bokar Sangaré, doctorant en sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles.
A chacun de mes passages à Bamako, je sacrifie au rituel de lui rendre visite. A chaque fois, sa silhouette élégante et imposante m’impressionne. Nous nous asseyons. Ismaïla-Samba Traoré se verse un peu d’eau qu’il avale d’une traite. Années 80, dans la capitale malienne : «Vivre la vie de tous les jours, au Sahel, est une dimension de la condition humaine à nulle autre pareille», écrivait-il alors. L’évocation de cette période remet en marche les rouages des souvenirs enfouis jalousement dans sa mémoire.
C’est l’une de ses nouvelles qui en parle certainement le mieux : «Dis, papa, c’est quoi, le grand amour ?» Elle campe un «pays de fer» où «le général règne en maître» à cette époque-là, des couples confrontés à la mal-vie qui peinent à tenir face «à la dérive ambiante, aux fins de mois difficiles, au petit théâtre de la réussite économique habillée aux couleurs de l’autocratie politicienne».
Un mouvement critique initié par Yambo Ouologuem
La peinture sociale féroce de «Dis, papa…» est commune aux œuvres de la génération d’écrivains maliens de la postindépendance (Moussa Konaté, Pascal Baba Couloubaly, Massa Makan-Diabaté, Alpha-Mandé Diarra, Ibrahima Ly, Modibo-Sounkalo Keita) qui s’est engouffrée dans le mouv




