Mon cher Groenland,
Je n’avais pas l’honneur de te connaître avant que cet ignoble gougnafier de Trump, aussi pulsionnel que maléfique, ne jette son dévolu sur tes immensités gelées et ne te propulse au cœur d’une actualité géopolitique pas spécialement ton genre. Tu n’étais, pour moi, qu’une grande masse indistincte que je situais malaisément sur le planisphère et qui n’avait pas d’existence précise dans mon imaginaire. Ce n’est pas pour rien que, pour se faire une idée, on se répète que tu es grand comme quatre fois la France, mais que ta population de 57 000 habitants dépasse de peu celle d’Ajaccio, d’Arles ou de Besançon. Et voilà que, tout à coup, tu prends autant d’importance guerrière que l’Ukraine, le Venezuela ou l’Iran.
Mon Groenland inconnu, je te voyais perdu là-haut, noyé dans les brumes du Grand Nord, fantôme tremblotant dans son suaire livide aux confins de l’Arctique. Tu n’avais pas le chic toponymique du pôle Nord où chacun cherche à planter son drapeau sur la banquise, trou dans l’eau qui souvent se referme et toujours affole les aimants des boussoles. Tu n’étais pas non plus un continent irréel et idéal, comme paraît l’êt




