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Libération
Chronique «Ecritures»

Mangeons les riches ? par Lola Lafon

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Faut-il ingérer et digérer le système capitalisme dont la voracité obscène et décomplexée donne la nausée ? Et comment ne plus être submergés par son récit du monde ?

Estampe satirique d'une famille de sans-culottes. (British Library Archives. Bridgeman Images)
ParLola Lafon
écrivaine
Publié le 12/09/2025 à 12h02

Sur un mur parisien, ceci : «Mangeons les riches, sinon, ce sont eux qui nous mangeront.» Une réponse possible à la politique budgétaire actuelle, cette phrase revient de loin puisqu’on en attribue l’origine, sans qu’on puisse la confirmer, à Jean-Jacques Rousseau, lequel aurait dit : «Quand le peuple n’aura plus rien à manger, il mangera le riche.» A défaut de parvenir à les taxer, donc, à défaut d’imaginer qu’un jour ils s’achètent une éthique : mangeons les riches ou encore #EatTheRich, la formule étant rapidement devenue un hashtag populaire sur les réseaux.

Mordre ou être mordus ?

Dévorer avant dévoré·e·s… Si l’image est convaincante, elle est aussi le reflet d’un système dans lequel seules deux possibilités semblent s’offrir à nous : mordre ou être mordus. Attaquer ou être attaqués. Un monde dans lequel la prédation tient toujours le rôle principal. Emprunter ses armes à l’ennemi… Pour Claude Lévi-Strauss, en ingérant la chair d’un adversaire vaincu, on «s’incorpore à ses risques et périls la substance dangereuse d’êtres vivants qui furent ou sont devenus des ennemis».

Freud, dans

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