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Chronique

On ne meurt pas dans la rue mais de la rue, par Lola Lafon

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Les sociétés contemporaines sont des «Titanic» qui ne sombrent pas, les passagers y sont classés par ordre de valeur. Dans le tableau Excel du néolibéralisme, qui ne consomme pas, ne compte pas.

Le collectif les Morts de la rue a collecté 855 noms de personnes sans abri décédées en 2024. (Camille McOuat/Libération)
ParLola Lafon
écrivaine
Publié le 24/01/2026 à 8h17

C’est une affichette plastifiée d’un jaune pâle accrochée à un arbre ou collée à un pan de mur, un avis de recherche qui nous est adressé. Des questions posées aux passant⋅e⋅s, dont celles-ci : connaissez-vous cet homme, avez-vous déjà parlé à cette femme ?

Reconstituer le puzzle d’une vie est une tâche minutieuse, laborieuse, et c’est celle qu’a choisie le collectif les Morts de la rue. Né en 2003, il a pour mission de «rendre hommage aux personnes décédées ayant vécu sans chez soi, afin de leur offrir la dignité qu’elles méritent ainsi que des funérailles dignes de la condition humaine».

Rendre hommage, dénombrer, décrire, accompagner, soutenir.

Sur leur site, un tableau aligne des prénoms, des âges, des villes et des dates ; la mort de la rue est une prose terrible et dépassionnée, elle se déroule en ordre alphabétique, sans marbre ni épitaphe,

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