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Chronique Philosophiques

Variations et retour du même

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Alors que ce fichu virus prend un malin plaisir à varier, les mesures sociales pour limiter la contagion perdurent. Le confinement, le couvre-feu, les masques perpétuels et la vie numérisée reviennent de manière lassante, une nouvelle «normalité» ?

ParMichaël Fœssel
professeur de philosophie à l’Ecole polytechnique
Publié le 05/03/2021 à 3h13

A propos du devenir du Covid-19, le terme «mutant» a laissé la place à celui de «variant», probablement parce que ce dernier est moins anxiogène. Dans l’imaginaire collectif, le mutant a quelque chose d’un monstre dont les transformations se réalisent en direction du pire. Le variant semble plus anodin parce qu’il désigne une modification moins brutale : au cours d’une variation, une chose change dans certaines de ses composantes tout en conservant ses traits essentiels. Dans une variation musicale, les intervalles diffèrent ou les valeurs relatives des notes se modifient, mais le thème demeure le même. En sorte que l’oreille peut le reconnaître et se réjouir de cette capacité du compositeur à faire du nouveau avec de l’identique.

La variation a donc plutôt bonne presse, y compris en philosophie où elle désigne une puissance de changer tout en conservant l’essentiel. Dans une tradition dont Leibniz est le principal représentant, le plaisir se situe dans la variation. Une âme condamnée à la répétition du même, fût-ce à la répétition perpétuelle d’un état de bien-être, serait au mieux destinée à l’ennui. Pour qu’un plaisir soit ressenti comme plaisir, il faut qu’il institue une différence avec ce qui le précède, par conséquent avec un état qui, comparativement, s’apparente à un déplaisir. La variation est une modification d’intensité qui affecte une même substance. Si le changement d’intensité est trop grand, il entraîne une mutation qui s’apparente à la mort. S’il n’y a aucune

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