Monsieur le président de l’université de Californie, James Milliken
Monsieur le recteur de l’université de Californie, Richard Lyons
Nous, signataires de cette lettre, sommes des universitaires de différents pays qui travaillons depuis longtemps avec des collègues aux Etats-Unis, à l’université de Californie, et en particulier à Berkeley.
Nous venons d’apprendre dans le Guardian que l’université de Californie à Berkeley avait annoncé à 160 étudiant·es et membres du corps enseignant que leurs noms avaient été communiqués à l’administration Trump dans le cadre d’une enquête sur des «incidents antisémites présumés».
C’est vraiment pour nous une source d’inquiétude.
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Nous avons bien conscience que l’université de Californie a l’obligation de se plier aux enquêtes fédérales. Cependant, nous pensons que les universités ont également des obligations envers leurs professeur·es et leurs étudiant·es, qui ont indéniablement des droits, tant académiques que politiques. De fait, il est des président·es d’université qui, afin de préserver l’autonomie de leur institution, ont refusé de se conformer à ces demandes jugées illégitimes.
Une porte-parole de l’université de Berkeley affirme dans l’article : «Nous nous engageons à faire preuve de transparence.» Cependant, la transparence doit fonctionner dans les deux sens. Quelle que soit la raison pour laquelle l’université de Berkeley a accepté de se soumettre aux enquêtes fédérales au lieu de refuser de s’y conformer, le fait d’informer les personnes concernées que leur nom a été transmis à l’administration sans leur communiquer le contenu et la nature des allégations contredit le principe de transparence. C’est comme un miroir sans tain. L’une des conséquences est que les personnes ainsi dénoncées n’ont pas eu la possibilité de contester les informations recueillies par l’université.
Les universités ont le devoir de lutter pour la liberté académique. Bien sûr, elles sont aujourd’hui attaquées. Mais c’est précisément le moment où la défense de la liberté académique est le plus nécessaire.
Nous avons toujours admiré celles et ceux qui, à Berkeley et ailleurs, luttent pour cette liberté fondamentale – non seulement la liberté d’expression, mais aussi la liberté académique. Il s’agit d’une valeur essentielle dans des sociétés démocratiques, d’autant plus lorsqu’elle est menacée.
Témoignage
Nous souhaitons poursuivre le libre-échange d’idées avec nos collègues de l’université de Berkeley et au-delà, et nous vous demandons donc instamment de nous (r)assurer sur le fait que nous partageons bien toujours ces valeurs.
Cordialement,
Premiers signataires : Etienne Balibar, professeur émérite de philosophie, Université Paris Nanterre (France), professeur invité à Columbia University (Etats-Unis) ; Sonia Corrêa, Sexuality Policy Watch - ABIA, (Brésil) ; Eric Fassin, professeur de sociologie et d’études de genre, université Paris 8 (France) ; Zeynep Gambetti, professeure de théorie politique, Istanbul (Turquie) ; Clare Hemmings, professeure de théorie féministe, London School of Economics (Angleterre) ; David Paternotte, professeur de sociologie et d’études de genre, Université libre de Bruxelles (Belgique) ; Mario Pecheny, professeur de sociologie de la santé, université de Buenos Aires (Argentine) ; Mathieu Potte-Bonneville, maître de conférence en philosophie, ENS Lyon, directeur du département de culture et création, Centre Pompidou (France) ; Judith Revel, professeure de philosophie, université Paris 1 (France) ; Jacqueline Rose, professeure d’humanités, codirectrice de l’Institut pour les humanités, Birkbeck University, Londres (Angleterre) ; Alyosxa Tudor, professeur en études de genre, SOAS, University of London (Angleterre) ; Adriana Zaharijević, directrice de recherche, Institut de philosophie et de théorie sociale, université de Belgrade (Serbie).




