Il y a dix ans, la France était frappée, 130 vies étaient fauchées, des centaines blessées. Nous n’oublions rien, ni personne. Notre pensée va d’abord aux victimes et à leurs proches.
L’Observatoire de la laïcité, instance aujourd’hui disparue dont la composition était pluraliste, écrivait : «Des assassins s’en sont pris à la France dans son ensemble et dans sa diversité. […] Aujourd’hui comme demain, nous sommes et nous serons unis.» Il fallait rappeler que notre force réside d’abord dans la cohésion, la lucidité et le sang-froid plutôt que dans la crispation ou l’assignation identitaire.
La France a donné, aussi bien au monde qu’à elle-même, cette image d’unité. Nous avions été touchés en plein cœur, mais nous étions ensemble. Dix ans plus tard, qu’en reste-t-il ? Qu’avons-nous construit sur notre blessure ?
«L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine, la haine à la violence.» Cette phrase, attribuée au philosophe Averroès, le rappelle : le savoir protège, l’ignorance fracture. Quand certains ont cru pertinent de proclamer qu’«expliquer, ce serait excuser», on était déjà mal engagé. Dans l’effroi, il fallait, selon eux, refuser de comprendre parce que c’était se compromettre déjà. Le désir d’apprendre devenait suspect. Au nom d’une image de fermeté, on choisissait le camp de l’aveugl




