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Donald Trump, héraut du «fardeau de l’homme blanc»

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Si le milliardaire a appelé avec succès ses compatriotes américains à «assumer le fardeau de l’homme blanc» en résistant aux mutations de la planète et en érigeant toutes sortes de remparts protectionnistes, le véritable défi consisterait à les convaincre de jeter ce «fardeau» à la poubelle de l’histoire, pointe le professeur et ex-journaliste Patrick Sabatier.

Lors du dernier rassemblement électoral du candidat Trump à Grand Rapids (Michigan), le 5 novembre 2024. (Chip Somodevilla/Getty Images. AFP)
Par
Patrick Sabatier
agrégé de langue et civilisation anglaise et américaine, ex-journaliste et directeur adjoint de la rédaction de «Libération» (1973-2007)
Publié le 15/11/2024 à 6h52

La victoire de Donald Trump, par-delà les cris d’horreur et les craintes (justifiées) de désastres à venir, a stupéfait ceux qui, en France comme aux Etats-Unis, se définissent comme «progressistes», pensant que «le peuple» a vocation à voter «à gauche», c’est-à-dire pour le Parti démocrate aux Etats-Unis.

Comment diable «le peuple» a-t-il pu faire un triomphe à un représentant de l’oligarchie flanqué de l’homme le plus riche du monde (Elon Musk) ?

Comment «le peuple» issu de l’immigration et enrichi par la mondialisation du commerce peut-il approuver l’érection de grandes murailles – économiques (protectionnisme), démographiques (frontières et expulsions massives d’immigrants) ou culturelles (lois inspirées par la religion) ?

Ceux qui ont été surpris auraient dû lire Hillbilly Elegy, le best-seller de J. D. Vance, le sénateur de l’Ohio que Donald Trump a choisi comme son vice-président et successeur potentiel. Vance y fait le récit de sa jeunesse de pauvreté et de violence entre père absent et mère droguée dans une région des Appalaches peuplée de «hillbillies» («péquenots»), fermiers ou «cols-bleus» descendants d’immigrants écossais-irlandais. Région ravagée par la désindustrialisation, la disparition de la petite agriculture, le chômage, l’alcoolisme et la drogue.

La nostalgie du mythique «rêve américain»

La majorité qui a ouvert à Trump les portes de la Maison Blanche se reconnaît dans cette histoire ou l’admire. L’Elegy de Vance est empreinte de nostalgie pour un «âge d’or» perdu de l’Amérique,

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