Jacques Attali : pas une priorité
Soutien d’Emmanuel Macron, l’ex-conseiller de François Mitterrand et Nicolas Sarkozy, Jacques Attali, partisan d’une retraite à points, n’accorde pas ses faveurs au recul de l’âge de départ à la retraite, «absurde» et «fictif». Interrogé sur le gain financier qu’en tirerait l’Etat, il remarque que ce dernier a «fait 50 milliards d’économie sur les grandes fortunes et l’impôt sur le revenu, on devrait pouvoir en trouver 12 autres pour les retraites». Surtout, Jacques Attali préférerait qu’«on se préoccupe maintenant de santé, d’éducation et d’écologie, en dehors de l’âge de départ à la retraite et que le travail devienne moins pénible». Lire l’interview
Jean-Marie Harribey : «La réforme des retraites abîme la valeur travail»
Le membre d’Attac et maître de conférences à l’université de Bordeaux voit dans la bataille contre la réforme l’aboutissement de la crise profonde dans laquelle «le capitalisme prédateur et les politiques néolibérales ont mis le travail». Citant la loi El Khomri qui a rendu les besoins de l’entreprise supérieurs aux droits sociaux, les dernières réformes de l’assurance chômage, Jean-Marie Harribey juge que cette réforme des retraites vient «accroître encore la soumission du travail vivant». Pire, le gouvernement «le gouvernement et les porte-parole patronaux se font les hérauts d’une “valeur travail”, tout en dérégulant le travail à tout-va ou en appelant à aller toujours plus loin». Lire la tribune
Magali Reghezza-Zitt : «Retraites, climat : même combat»
La géographe observe une convergence dans le combat des retraites et la lutte contre le réchauffement climatique : «la multiplication de canicules plus précoces et intenses aura des conséquences sanitaires sur nos aînés et réduira probablement l’espérance de vie en bonne santé ; le réchauffement, mais aussi la décarbonation de notre économie pèseront sur les finances publiques, la dette, l’emploi, donc le financement des systèmes de solidarité», écrit-elle. L’inaction – «les conséquences du baby-boom sur le financement des retraites ou celles des menaces environnementales sont connues depuis des décennies» – comme les réformes, observe-t-elle également, pèsent d’abord sur les plus précaires, et négligent «un immense besoin de justice», conclut-elle. Lire la chronique
La sociologue Dominique Méda et le «détricotage de l’Etat social»
Spécialiste du travail, la chercheuse, opposée au recul de l’âge de départ, déconstruit le discours du gouvernement définissant dans la réforme un «projet de justice sociale» : «Un gouvernement sincèrement soucieux de justice sociale aurait certainement procédé à l’inverse de ce qui vient de se passer : il aurait commencé par prendre à bras-le-corps la question des conditions de travail et de la pénibilité, notamment […] en accordant des réductions de durée de cotisation pour tous ceux qui ont des métiers pénibles.» Si elle reconnaît que «le système social français demeure très protecteur dans son ensemble», elle craint, à travers la réforme de l’assurance chômage et la non-prise en compte de la «grande fatigue» liée aux conditions de travail, un «détricotage de l’Etat social». Lire notre interview
Bernard Friot : «Une contre-révolution capitaliste»
Voix de la gauche anticapitaliste, favorable au salaire à vie, l’économiste et sociologue balaye les arguments financiers supposés légitimer la réforme, et va un peu plus loin que la gauche en critiquant l’actuel régime par répartition : «Avec la logique du “je récupère dans les cotisations des actifs actuels l’équivalent de ce que j’ai mis au pot commun quand j’étais moi-même actif”, ce régime complémentaire transpose, en répartition, la logique de prévoyance de la capitalisation.» Bernard Friot dénonce également la confusion faite autour de la «valeur travail», derrière laquelle se réfugient «les réformateurs» et démontre un paradoxe : «A 60 ans, il n’y a plus que 52 % des personnes en emploi. Faire passer l’âge légal de 62 à 64 ans, c’est augmenter la période pendant laquelle on est vulnérable. Et le patronat tire bénéfice de cette vulnérabilité, tout comme il tire grand bénéfice de la vulnérabilité des jeunes “en insertion” jusqu’à 35 ans.» Lire notre interview




