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Espionnage de Thomas Legrand et Laurence Bloch : «Une frontière franchie entre le travail journalistique et les coups bas politiques»

Près de trente sociétés de journalistes dénoncent les méthodes d’Europe 1, qui a bafoué les principes élémentaires de la déontologie en enregistrant et exploitant une conversation privée entre deux journalistes.

(Libération)
Publié le 21/01/2026 à 17h00, mis à jour le 21/01/2026 à 22h54

La Société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL) et la Société des journalistes (SDJ) de Radio France sont à l’initiative du texte suivant :

Le 16 décembre, la radio Europe 1, désormais propriété de Vincent Bolloré, publiait cinq articles mettant en scène des «révélations» autour d’une conversation présentée comme «secrète» et s’étant tenue la veille dans un café du XIVe arrondissement entre Thomas Legrand, éditorialiste à Libération et ancien producteur à France Inter, et Laurence Bloch, ancienne directrice de France Inter.

Le 15 janvier, la cellule investigation de Radio France révélait qu’un journaliste d’Europe 1 avait lui-même enregistré cette conversation après que son supérieur, Louis de Raguenel, le lui en avait donné l’ordre dans une conversation WhatsApp.

Les règles de base de la déontologie journalistique imposent de n’enregistrer des personnes à leur insu que si cela permet de rendre publiques des informations d’intérêt général impossibles à obtenir autrement. «L’élément déterminant, lors de la mise en balance de la protection de la vie privée et de la liberté d’expression, doit résider dans la contribution que les photos et articles publiés apportent au débat d’intérêt général», soulignait la Cour européenne des droits de l’homme en 2004. Qu’ont apporté les «exclus» d’Europe 1 issues de cette grave intrusion dans la vie privée de deux journalistes ? De la confusion bien davantage que de l’information, les propos relatés ayant été tronqués et tordus.

Que les choses soient claires : l’enregistrement et la diffusion d’une partie de ces propos ne relèvent pas d’une démarche journalistique, mais d’une opération d’espionnage.

Les articles et commentaires qui ont été diffusés à cette occasion servent non pas l’intérêt général, comme doit le faire une production journalistique, mais un intérêt particulier : celui d’un groupe médiatique en guerre contre le service public de l’audiovisuel.

Nous ne défendons pas une confraternité absolue à laquelle devraient se soumettre tous les journalistes, quelles que soient leurs pratiques. Ici, une frontière a été franchie entre le travail journalistique et les coups bas politiques. Avec, en toile de fond, la mise au pas d’entreprises médiatiques au service d’un combat propagandiste d’extrême droite.

Les sociétés de journalistes signataires de ce texte refusent de banaliser ces méthodes qui bafouent tous les principes d’un journalisme digne de ce nom.

Sociétés des journalistes signataires :

Libération, Radio France, France 24, Radio France Internationale, France TV rédaction nationale, franceinfo numérique, France TV Sport, France 3 rédaction nationale, Arte, BFM TV, BFM Business, RMC, LCI, Sept à Huit, Public Sénat, Mediapart, le Nouvel Obs, l’AFP, l’Informé, l’Humanité, l’Express, la Tribune, Télérama, les Echos, le Télégramme, le Parisien, le Monde, 20 Minutes.

Pour aller plus loin :

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