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Face au génocide des Rohingyas et à l’épreuve du droit international, la France peut prendre l’initiative

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Au moment où le droit international est remis en cause par les puissances dominantes, une saisine française auprès de la CPI montrerait qu’il est possible d’assurer la responsabilité pénale des crimes contre l’humanité commis en Birmanie, estime Matthew Smith, le responsable de l’ONG Fortify Rights.

En 2017, des musulmans rohingyas fuyant les opérations militaires en cours dans l'Etat Rakhine au Myanmar pour rejoindre un lieu plus sûr au Bangladesh. (Zakir Hossain Chowdhury/Anadolu. AFP)
Par
Matthew Smith
directeur général et l’un des fondateurs de l'ONG Fortify Rights
Publié aujourd'hui à 12h40

Sur le mur de la grande salle de justice de la Cour internationale de justice (CIJ) à La Haye est suspendue une œuvre monumentale du peintre français Paul-Albert Besnard (la Paix et la Justice, 1926). On y voit la Justice, drapée de rouge, écoutant attentivement deux avocats – l’un animé, l’autre retenu. A ses pieds se tient la Paix, tenant un enfant d’un bras et un rameau d’olivier de l’autre. Au bas de la toile, deux cavaliers s’éloignent l’un de l’autre, les armes abaissées. Le message est limpide : la loi doit remplacer la violence. Un siècle après que Besnard a peint cette scène, cette promesse semble fragile.

A l’intérieur du Palais de la paix, la plus haute juridiction mondiale délibère sur l’affaire Gambie contre la Birmanie, accusant celle-ci d’avoir violé la convention de 1948 sur le génocide dans le cadre de sa campagne meurtrière contre le peuple Rohingya dans l’Etat de Rakhine (ouest).

La question juridique posée à la Cour est restreinte : déterminer si l’Etat de Birmanie porte la responsabilité du crime de génocide. Mais les enjeux moraux et politiques dépassent largement ce cadre. Si le droit international ne parvient pas à juger de manière crédible une affaire aussi solidement documentée, c’est toute la confiance dans l’ordre juridique issu de la Seconde Guerre mondiale qui pourrait vaciller.

En 2017 : 390 villages rasés, 700 000 Rohingyas forcés à fuir

L’affaire se concentre sur la campagne militaire menée par la Birmanie en 2017 dans l’Etat de Rakhine, qui a rasé plus de 390 villages et forcé plus de 700 000 Rohi

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