Dans un classique de l’historiographie américaine tout juste traduit par les éditions Lux, Silencing the Past (1995, trad. Paulin Dardel : Faire taire le passé. Pouvoir et production historique), l’anthropologue haïtien Michel-Rolph Trouillot a cette formule incisive : «Tout récit historique est un faisceau de silences particuliers.»
Réfléchissant aux conditions de l’écriture de l’histoire et à la manière dont elle participe à forger une mémoire collective en réalité sélective (soit tout sauf collective), Trouillot pointe combien l’histoire consiste en la production de narrations historiques forgées par ceux qui en ont le pouvoir, et l’ont parfois si bien naturalisé que ces récits peuvent sembler objectifs.
Exhortant les historien·nes à assumer leur subjectivité dans la relation à leur objet d’étude, il engage également à ne plus œuvrer à «la création du passé en tant que entité séparée», marqué par la distance et la fixité, mais à produire une histoire ancrée dans le présent de son énonciation, qui implique celles et ceux à qui elle s’adresse «en tant que témoins, acteurs et commentateurs».
Cet éloge de la relation, un lieu devrait s’en préoccuper plus que jamais : le musée. Institution ouverte, puisque son existence même repose sur l’accueil des publics et des œuvres, il apparaît trop souvent comme un espace de discours linéaires, de la présentation d’objets et de savoirs positifs, eu égard à la nature matérielle des artefacts exposés et à




