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Jeffrey Epstein, notre «Salò» contemporain

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La comparaison entre le film de Pier Paolo Pasolini «Salò ou les 120 Journées de Sodome» et l’affaire de pédocriminalité illustre un même trouble : celui de systématiser la barbarie au sein d’un entre-soi qui se pense civilisé, analyse le sociologue Laurent Mélito.

L'une des scènes du film «Salò ou les 120 Journées de Sodome» réalisé par Pasolini, en 1976. (Photo12. AFP)
Par
Laurent Mélito, sociologue
Publié le 11/02/2026 à 14h56

Lorsque Pier Paolo Pasolini réalise Salò ou les 120 Journées de Sodome en 1975, il ne signe pas un film scandaleux, mais une allégorie politique. En transposant le roman de Sade dans une république fasciste finissante, il décrit moins la perversion sexuelle que la logique ultime du pouvoir : lorsque toute limite symbolique disparaît, le corps devient le dernier territoire à administrer. Les notables de Salò ne sont pas des monstres marginaux ; ils sont cultivés, organisés, rationnels. Leur violence n’est pas que pulsionnelle : elle est institutionnelle.

Bien sûr, l’affaire Epstein ne relève pas du registre fictionnel, mais elle produit un trouble analogue. Elle n’est pas seulement un fait divers criminel, encore moins l’histoire d’un individu déviant. Elle agit comme un révélateur social. Un réseau de relations, de fortunes, de mobilités privées, de silences juridiques, apparaît en creux.

Ce que cette affaire expose, ce n’est pas tant la transgression que son intégration dans un monde de privilèges. Là encore, les lieux sont

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