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TRIBUNE

La chanson «Je partira pas» n’est pas un phénomène isolé, mais le symbole d’une culture raciste qui éclate au grand jour

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Alors que la chanson raciste qui fait danser Eric Zemmour circule sur les comptes d’extrême droite, l’écrivain Antoine Mouton se remémore son internat au lycée des Chartreux à Lyon, où les chansons diffusées au réveil dans les chambrées étaient du même acabit. Preuve que cette culture longtemps restée minoritaire est bien ancrée.
Image extraite de la vidéo partagée par Eric Zemmour sur son compte X. (X)
par Antoine Mouton, écrivain, poète
publié le 28 juin 2024 à 20h17

Depuis ce matin, j’entends parler d’une chanson raciste qui circule sur les réseaux sociaux, et sur laquelle on a vu Eric Zemmour se dandiner, hilare. Elle s’appelle Je partira pas. On dit qu’elle a été générée par une intelligence artificielle, mais il y a bien un être humain qui, à défaut d’en être l’auteur, l’a commandée.

En l’entendant, je me suis souvenu de ma scolarité au lycée des Chartreux, à Lyon, où j’étais interne entre 1995 et 1998, sous la direction du père Georges Babolat, accusé depuis lors d’agressions sexuelles. J’y ai reçu une éducation d’extrême droite. A l’époque, je n’avais pas de culture politique suffisante pour le comprendre et me situer par rapport à cela. Tous les professeurs n’étaient pas de fervents fascistes, loin de là. Mais la majorité des élèves l’étaient. Il y avait les Royalistes, les encartés du Front national Jeune, ceux qui s’étaient connus aux Scouts d’Europe, et beaucoup d’autres groupuscules qui, réunis, formaient une masse écrasante. L’établissement était connu de certaines familles comme un point de rassemblement idéologique. Mais les jeunes ne se politisaient pas tout seuls. Le lycée lui-même ét